La puissance des images

Étude eye-tracking au musée M

Je vois, je vois ce que tu ne vois pas

Vous avez vu? Voilà une question qui n’obtient pas toujours de réponse. Et que constate-t-on? Que tout le monde ne voit pas la même chose. Chacun voit différemment. Et c’est précisément cet aspect qui fait que le regard qu’on porte sur l’art et la manière dont on le ressent sont uniques. 

Un musée est le lieu par excellence où étudier la manière dont les gens regardent précisément l’art ainsi que les processus qui interviennent dans la lecture et l’appréciation d’une image. C’est pourquoi le musée M a organisé une expérience, en collaboration avec le Laboratoire de Psychologie expérimentale de la KU Leuven, portant sur l’analyse de l’ADN du regard de 100 visiteurs. Le professeur Johan Wagemans et Hélène Verreyke, chef du service Exposition Art ancien, expliquent l’expérience.

Comment regardez-vous l'art?

En effectuant un traçage des mouvements oculaires, on enregistre sur quelles scènes, couleurs et contrastes le regard d’attarde inconsciemment. Johan Wagemans: « Regarder ne se fait pas en un clin d’œil. Au cours d’une seconde, l’œil s’immobilise de deux à quatre fois. Le reste du temps, il est constamment en mouvement. » La manière dont on regarde varie d’une personne à l’autre, et chaque profil individuel dépend du nombre de fois où l’œil se fixe et de la longueur des sauts oculaires. Par ailleurs, il y a des différences importantes relatives dans ce que les gens regardent. Pas uniquement les détails, mais la nature de la trajectoire du regard dans son ensemble. 

Prof. Johan Wagemans: « Telle personne regardera systématiquement d’en haut à gauche vers en bas à droite, quelle que soit l’image. Chez d’autres, le schéma des mouvements oculaires embrassera l’ensemble. On voit dans ce cas les fixations sauter vers la périphérie et revenir à l’intérieur. Ces personnes répètent toujours ce même processus de l’extérieur vers l’intérieur pour appréhender l’ensemble de la composition. En déterminant le schéma des mouvements oculaires, on peut visualiser la manière dont les informations sont traitées par le cerveau inconscient. »

Nous avons tous notre manière personnelle de regarder. Ces profils et différences dans les schémas de mouvements oculaires peuvent être visualisés en enregistrant les mouvements des yeux. Prof. Dr Johan Wagemans

Bon ou mauvais

Il n’y a pas de raison de définir de bonnes ou mauvaises manières de regarder. Par contre, il est intéressant de savoir qu’en regardant plus longtemps ou en fixant certains détails, on peut apprendre de nouvelles choses à propos d’un tableau. Cela permet de rompre un peu avec le schéma de vision habituel. Quand on regarde de l’art, on peut par exemple découvrir davantage que le thème d’une œuvre: on peut voir la texture de la peinture, l’utilisation des couleurs, les nuances, etc. Cette manière de regarder offre une dimension supplémentaire à la manière de voir l’art et de le percevoir. 

L’ADN de votre manière personnelle de regarder

« Lors d’une étude publique, 100 personnes de 8 à 78 ans sont venues au musée M pour cartographier leur manière de regarder. Certaines personnes regardent de manière très systématique et ciblée, tandis que d’autres ont un regard qui scanne. Souvent, les participants ont été surpris de découvrir comment ils regardaient. Bientôt, les visiteurs pourront faire eux-mêmes ce test dans la nouvelle présentation de la collection », poursuit Hélène Verreyke. « En tant que musée, nous allons ainsi collectionner d’autres schémas visuels. Les données issues de cette recherche nous aideront dans notre étude sur la manière de regarder l’art, que nous finaliserons d’ici deux ans. »