Collectionner, c'est un art

L'histoire d'un collectionneur

Interview d'Ides

Sans collectionneurs, pas de musées

Dans la nouvelle présentation de sa collection, M zoome sur l’art de collectionner. Le musée a invité quelques collectionneurs à partager leur passion avec le public. L’un d’eux s’appelle Ides. Âgé de 75 ans, il collectionne les carreaux en faïence de Delft ornés d’un coq.

Comment votre fascination pour ces carreaux est-elle née? 

« Collectionner, c’est assez particulier. Je pense que ma fascination pour ces faïences ornées de coqs est née d’un intérêt plus général pour la céramique, dans lequel j’avais toujours baigné à la maison. Puis, à un moment donné, on décide de se limiter à un domaine précis. Pour ma part, j’ai choisi les faïences ornées de coqs. Un objet de collection a quelque chose de remarquable. Pris isolément, il est beau, mais cela reste un objet. Ce n’est que lorsqu’on en réunit plusieurs qu’il acquiert une dimension supplémentaire. En collectionnant, on crée une sorte d’histoire dont on fait soi-même partie et qui va vivre sa propre vie. »

Il y a toujours un point de départ à une collection. Vous souvenez-vous de votre première pièce?

« Bien sûr! Mon tout premier carreau à coq, je l’ai acheté chez un antiquaire. Je l’ai tout de suite repéré dans la vitrine. Sans trop réfléchir, je suis entré dans la boutique et je l’ai acheté. À l’époque, je n’avais absolument pas l’intention de démarrer une collection. Je m’intéressais à la céramique en général, mais ce petit carreau-là avait particulièrement attiré mon attention. Puis, on montre son acquisition à ses proches. Dans mon cas, les réactions avaient été positives. J’ai ensuite rapidement acheté un second carreau, puis un autre, et le mouvement était lancé. »

Vous possédez aujourd’hui un nombre appréciable de carreaux. Vous continuez encore cette collection?

« On commence avec deux carreaux, et au début, on prend tout ce qu’on trouve. À mesure que les pièces et les connaissances à leur sujet s’accumulent, on devient plus exigeant. Je suis donc devenu plus sélectif, vu qu’il est impossible de tout garder. Ceci dit, je trouve également intéressant de posséder plusieurs exemplaires du même carreau. Les pièces ne sont jamais vraiment identiques, même si elles sont faites avec un même gabarit. Cela reste avant tout de l’artisanat. Je n’ai pas l’intention de collectionner les faïences jusqu’à ce que ma maison en soit pleine à craquer. Je cherche véritablement des pièces qui m’interpellent. Et bien entendu, l’esthétique a également de l’importance. »

Pourquoi avez-vous répondu à l’appel du M?  

« Ce choix ne fut pas évident à faire. D’une part, c’est « ma » collection et je n’ai pas envie de la jeter en pâture au tout-venant.  Mais d’autre part, j’aime partager ce qui me tient à cœur. Bien sûr, j’espère éveiller un certain intérêt et j’espère que le public, d’une manière ou d’une autre, appréciera ma collection. En outre, je pense que le M est un lieu tout à fait adapté à ce genre de chose. J’apprécie donc énormément que le musée ait pris ce genre d’initiative autour du thème de la ’collection’. »

La pièce maîtresse de votre collection trônera bientôt dans les vitrines du M. Pourquoi avez-vous choisi cette pièce spécifique

« Parce qu’« elle en jette »! C’est une pièce magnifique, et je pense qu’elle peut plaire à un public très large. C’est également le début d’une belle histoire. Cette pièce – une des premières de ma collection – était à son époque un véritable produit de luxe. Jadis, tout le monde ne pouvait pas s’offrir ce genre de carreau. Ce n’est que plus tard qu’il est progressivement devenu un objet usuel, abordable pour un public plus vaste. En ce sens, cette pièce raconte un petit bout d’histoire et de culture. »