Les Poèmes de 'Rodin, Meunier & Minne'

Des poèmes inspirés des sculptures de Rodin, Meunier & Minne

 

Découvrez ici tous les poèmes de l'exposition 'Rodin, Meunier & Minne'.

Salle 1.J

Le Penseur - Rodin

ATTENDEZ

Auteur: Paul Bogaert - Poème pour adultes

 

Comment tout s’est passé.

Comment tout se passe maintenant.

 

Bien-être et sécurité au travail.

C’est presque fini.

Je peaufine. Pensez au coup de massue.

1. Bien-être. 1.1. Énoncé du problème.

 

“Le voilà de nouveau”.

“Sur son petit mètre carré.

“Combien de temps encore ?”

“Sa posture”.

“Ses longues missives amères”.

“La soi-disant vision avancée”.

“Eh bien ! “Que c’est triste”.

 

Je vous entends.

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

GRAND-PÈRE RÉFLÉCHIT

Auteur: Peter Mangel Schots - poème pur les jeunes

 

mon grand-père réfléchit, je le vois à son attitude

le menton qui cherche le soutien de sa main

je le regarde - il vieillit

déjà ses épaules s’inclinent un peu vers le sol

 

à quoi pense-t-il, que se passe t-il réellement dans sa tête

serait-ce quelque chose d’autrefois ou a-t-il lu dans le journal

une nouvelle qui le laisse si pensif

qu’il ne voit plus rien à présent et n’entende plus aucun bruit

 

ou pense-t-il déjà à ce qu’il va manger ce soir

peut-être va-t-il lâcher bientôt ses pensées

alors nous irons faire un tour de vélo ou une promenade en forêt

il m’offrira une glace, un chocolat ou une crêpe

 

mon grand-père réfléchit souvent en restant assis, tout tranquille

on dirait qu’il veut nous garder à distance

 

puis il ferme les yeux et il me semble qu’il rêve

je crois savoir : il pense sûrement à grand-mère

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

Salle 1.K

Christ au tombeau - Meunier

FRUIT DE LA PIERRE

Auteur: Herlinda Vekemans - Poème pour adultes

 

Sa vie ne semblait guère plus 

d’une ondulation 

Les bras souples et résignés 

posés le long du corps 

 

Son corps blanc de lumière 

et délicatement délié 

La chair pâle profondément lacérée 

 

Sa vie semblait maintenant complète 

dans le demi traversin de la tombe 

où Il fut déposé et préservé 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

NOYAU

Auteur: Herlinda Vekemans - Poème pour les jeunes

 

Il gît, mort, devant toi 

mince et souple comme une loque, 

usé et jeté 

Il n’était ni roi 

et ni sorcier 

 

Pourtant il n’est pas resté 

dans la grotte sombre de la tombe 

il trouva le chemin de celui qui le cherchait 

ainsi repose-t-il depuis plus de 2000 ans 

ici et maintenant encore, devant toi 

mort comme la pierre et pourtant pas 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

Le Grisou - Meunier

MADAME

Auteur: Paul Bogaert - Poème pour les jeunes

 

Madame, c’est votre fils ? 

Madame ? 

 

Il était fort et malin et toujours 

de bonne humeur. Nous enquêterons 

sur ce qui a pu se passer. 

Madame, reconnaissez-vous quelque chose ? 

Est-ce son menton ? Ou son genou ? 

Il était aimé de tout le monde ici. 

Et hélas maintenant décédé. 

Est-ce votre frère, madame ? Votre mari ? 

Ses affaires là, emmenez-les chez vous. 

Nous enquêterons pour éviter ceci à l’avenir. 

Ça, je peux vous le promettre. 

 

Madame ? 

Elle ne peut pas le croire. 

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

EN PLEIN JOUR

Auteur: Paul Bogaert - Poème pour adultes

 

Personne ne m’a donné d’espoir. Mais j’espérais 

tout de même. 

J’avais encore tellement de faux espoirs. 

Jusqu’à maintenant. Mon bien-aimé. 

 

Sous une mauvaise lumière, il me faut 

regarder ceci. Mais aussi en mode nuit, 

cette image de toi 

ne disparaît pas. Mon bien-aimé. 

 

Ce radeau ne va nulle part. Dans cette terrible 

proximité, je deviens et reste une proche 

esseulée. Mon bien-aimé. 

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

Mère qui pleure et ses deux enfants - Meunier

ENTOURÉ

Auteur: Herlinda Vekemans - Poème pour adultes

 

Le ciel ouvrît les bras 

rien que pour les oiseaux et les nuages 

Il n’y avait pas d’abîme 

le sol ne voulait pas céder 

La rivière resta froide et muette 

La mer ne voulait voir personne 

 

Il n’y avait rien 

Ce rien ne voulait rien 

Il n’y avait que les enfants 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

REFUGE 

Auteur: Paul Bogaert - Poème pur les jeunes

 

Maman, il viendra, tu verras. 

Tu peux respirer plus lentement à présent. 

Il connaît toutes les routes qui viennent ici. 

Il n’a jamais eu peur du tonnerre. 

 

Maman, “mauvais draps”, ça veut dire quoi ? 

Et que signifie “sans issue” ? 

Est-ce les gens, maman, tu ne veux pas 

que les gens nous voient, te voient pleurer ? 

 

Peut-être qu’il est tombé sur quelque chose 

de dangereux. Je pense un trou. Une difficulté. 

Je crois que je l’entends se cacher quelque part. 

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

Salle 1.L

Vieux cheval de mine - Minne

UN CHEVAL COMME MOI

Auteur: Lieve Desmet – Poème pour les jeunes

 

pour qui, cheval comme moi 

tire le mauvais lot 

pour qui ne connaît ni pré ni odeur de paille 

pas un jour de fainéantise avec quelques flocons d’avoine 

 

pour qui, cheval comme moi 

poussé dans la fosse, harnaché, dans les couloirs étroits 

pour qui l’horloge sur nuit et anxieux 

attelé au chariot des autres 

 

pour qui, comme moi, a enduré le grisou 

et pour qui demeure en arrière et doit faire son temps 

 

je reste le paria des beaux-arts 

debout dans ce musée 

tant que quelqu’un encore, cheval comme moi 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

VIEUX CHEVAL DE MINE

Auteur: Lieve Desmet – Poème pour adultes

 

regarde-moi comme je suis boiteux 

fixe mes yeux aveugles 

pénètre dans ma triste tête 

caresse-moi mais détrompe-toi 

 

les cendres de mes compagnons brûlent 

toujours dans ma fourrure 

dans mon épaule décharnée, tu lis tous leurs noms 

je ne suis pas une urne mais une tombe parlante, 

elles couvent sous ma crinière 

 

détrompe-toi, encagé je te tire à travers le puits 

pousse le noir devant tes yeux 

tu creuses le minerai des pères, des fils 

c’est moi qui te guide 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

Le fils prodigue - Minne

BÉNÉDICTION

Auteur: Lieve Desmet – Poème pour adultes

 

pour retirer ton corps nu de ma boue 

du noeud que j’ai fait autour de ton cou 

je te porte et succombe 

 

à cette heure que la terre vole ta chaleur 

je ne peux plus nous retenir 

oh, peau douce que je méprisai 

 

à toi dénudé 

je veux prêter ma côte, reconnaître ton genre 

échanger mes cuisses tendues pour un flanc 

 

entends encore mon dernier mot 

de mon corps tu es né 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

LE FILS PRODIGUE

Auteur: Lieve Desmet – Poème pour jeunes

 

lâche mon corps de jeune garçon 

le fils rasé de ta main n’est plus 

j’aiguisai le couteau, disparus 

la voix qui muait encore 

 

hors de ton atteinte, je dus casser ta mesure 

craquer des allumettes pour mon salut 

avec les étincelles de mon coeur 

 

père, prépare ta veste 

lâche ta prise 

regarde, à travers les déchirures de mon pantalon 

tu me vois debout - indépendant 

 

Traduction: Catherine van Vliet-Saivres

Balzac, étude en robe de moine - Rodin

BALZAC

Auteur: Peter Mangel Schots - Poème pour adultes

 

Vous me demandiez un mort. 

Je vous donne un homme éternel. 

 

Vous me demandiez un corps à la mode. 

Je vous donne un temple qui s’affaisse 

en couches d’apprêt bosselées, diaphragme 

en extension, la gorge pleine de grumeaux. 

Aucun tailleur, docteur ou amant ne voit de 

corps plus nus que moi. 

 

Vous me demandiez un homme qui vit dans sa tête. 

Je vous donne un type qui retrousse ses manches, 

crache dans ses mains et se met au labeur. 

 

Vous me demandiez un monstre sacré. 

Je vous donne un moine, un playboy, un gentleman 

et un esclave, un esthète à la sueur rance. 

 

Vous me demandiez un écrivain. 

Je vous donne un combattant, un guerrier, 

un boxeur et sa cape marchant vers le ring.

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

1.M

Les trois Saintes au tombeau - Minne

LES TRIPLÉES

Auteur: Peter Mangel Schots - Poèmes pour les jeunes

 

nous sommes les soeurs triplées 

Lotte, Lente et Linde 

presque personne ne trouve 

entre nous de différences 

 

seuls maman et papa 

voient les différences 

ils ont un truc pour ça 

et nous trouvons ça bizarre 

 

parce que nous portons toutes trois 

toujours les mêmes vêtements 

et qu’en plus toutes les trois 

nous avons la même coiffure 

 

maintenant que nous voulions 

pour de vrai les mettre dans l’embarras 

nous avons pris dans l’armoire 

trois grands draps de lit

 

nous nous cachions sous les draps 

en gardant bien la tête penchée 

qu’ils allaient ainsi nous reconnaître 

jamais nous ne l’aurions cru 

 

mais aussitôt dit maman 

à gauche Lotte, à droite Linde 

et papa ajouta : 

c’est facile, Lente au milieu

 

nous leur avons demandé comment 

ils avaient fait pour nous voir 

sur quoi ils nous répondirent en riant : 

ça, on ne vous le dira pas ! 

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

LES PLEUREUSES

Auteur: Peter Mangel Schots - Poème pour adultes

 

Au tombeau autour duquel nous sommes 

se tiennent les femmes qui me remplacent. 

 

Elles émanent du lait et des cendres 

et lorsqu’elles tapent leur poitrine, j’entends 

leurs ongles se casser. Aucun bruit 

 

n’est assez fort. Leur plainte 

semble mesurée, cruelle. Pour la forme 

on sort des Kleenex, selon les règles 

du deuil, le mascara orchestré. 

 

Cela les rend transparentes qu’elles le fassent : 

 

prendre soin du vide que je laisse, 

pourvoir à ce que je veux éviter, les mots 

que je ne peux pas dire, se brisent sur leur poitrine, 

 

choisir le moment de silence 

 

quand seuls les oiseaux croassent et les cordes 

se frottent entre le bois et la terre. 

 

Minuscules morceaux de puzzle, terre émiettée, 

qu’elles remettent à leur place. 

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres

Les Bourgeois de Calais (Eustache de St Pierre e.a.) - Rodin

LES BOURGEOIS DE CALAIS

Auteur: Peter Mangel Schots - Poème pour adultes

 

Allons-y. Ce matin
ne connaîtra pas le soir. Nous avons la reddition
accrochée autour du cou, laissé nos chaussures
aux chiens. Nous ne sommes pas braves, ni grands,
ni sûrs de nous, ni unis, comme un vol désordonné
de mouettes au-dessus de Calais.

 

Regarde Eustache, le premier à nous insuffler le feu,
comme le sol gourmand tire déjà à ses poignets.
Mais il va. Regarde Jean, porter les clés de la ville
comme son premier-né. Regarde Andrieu, comme
le désespoir soudain à dix beaufort, le fait se courber
comme un peuplier. Et Jacques, résolu, qui fait les premiers
pas et ne pense plus.

 

Allons. Le soleil d’été s’élève au-dessus de nos têtes dénudées.
Des hérauts trompettent. Sous nos manteaux se cachent des 
milliers de citoyens. Mais nous suffirons comme des fruits étranges
accrochés aux arbres, telles des graines dans le sable pour
nourrir la ville de leur récolte. Nous suffisons.

 

Traduction : Catherine van Vliet-Saivres