Numéro deux | En visite chez un M-cène

En visite chez un M-cène

La collection de Pieter et Martine

Numéro deux de M
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Pieter Vereertbrugghen (66 ans) et Martine Peleman (56 ans) sont associés au niveau professionnel – ils dirigent ensemble une agence de communication – et unis dans la vie. Au fil des années, ils ont constitué une collection artistique d'une belle diversité, même s'ils le voient autrement : « Je ne dirais pas que nous sommes des collectionneurs, mais oui, nous avons effectivement des œuvres d'art à la maison. »

Nous avons découvert entretemps que montrer de l'art ne suffit pas pour rendre la réflexion humaine plus libre Martine Peleman, M-cène

Martine : « Nos premières acquisitions datent des années 1990. Il s'agit surtout de pièces de céramique classique japonaise et chinoise et d'œuvres photographiques modernes de Bovis, Bissinger, Boubat et Marchal. Nos achats se sont multipliés lorsque Cypres, notre agence de communication, a aussi ouvert une galerie d'art. »

 

Pieter : « Nous avons toujours été intéressés par l'art, donc nous avons pensé : “Et si nous invitions de jeunes artistes à exposer dans nos locaux ? Cela nous aidera peut-être, nous-mêmes et nos collaborateurs, à quitter les sentiers battus et à explorer des voies différentes. Après tout, le fondement de l'art est la liberté.” C'est ainsi qu'est née dans nos bureaux de la Vaartstraat à Louvain la Galerie Cypres, spécialisée en art contemporain. L'un de nos projets de plus grande envergure a été “5025” : toutes les deux semaines était présenté un autre artiste belge – vingt-cinq nouvelles expositions en l'espace d'un an. Au cours de cette période, nous avons acheté un certain nombre d'œuvres, de Peter De Meyer, Nele Tas, Quinten Ingelaere, Joachim Devillé, Eva Corluy… »

 

Martine : « Nous espérions qu'ainsi, le contact avec ce que j'appelle “l'instant créateur” s'intensifierait pour nous et pour nos collaborateurs. Mais nous avons compris entretemps que montrer de l'art ne suffit pas pour rendre la réflexion humaine plus libre. À cet égard la rencontre avec le geste artistique, la genèse de l'œuvre, a un poids beaucoup plus grand. »

RÉALISME ?

Pieter : « L'amour de la photo est un fil conducteur dans notre collection privée. Notre première acquisition majeure, faite autour de l'année 2000, concernait des photos aériennes militaires datant de la Première Guerre mondiale. Les Allemands et les Alliés en ont réalisé des centaines de milliers pour localiser les positions ennemies. Ils ont commencé par envoyer des pigeons – munis d'appareils photos pesant à peine 70 grammes – mais ces oiseaux étaient trop imprévisibles. Ils sont alors passés aux aérostats et aux zeppelins, mais ceux-là étaient trop vulnérables. À partir de 1916, les prises de vue ont été réalisées pour la plupart à bord d'avions. Notre collection provient du bon côté, celui des Alliés (rires). »

 

Martine : « En fait, ces photos sont des images horribles – car liées à la guerre – mais elles sont d'un haut niveau esthétique. Tout en montrant la réalité, elles semblent très abstraites. De telles images posent des questions : “Qu'est-ce que le réalisme ?”, “Peut-on être à la fois figuratif et abstrait ?”. D'ailleurs, des images aériennes du front ont également inspiré le peintre russe Malevitch. »

LA LUMIÈRE, C'EST LE PRINCIPAL

Pieter : « Nous avons alors continué petit à petit à explorer l'histoire de la photographie. C'est ainsi que, par le biais de mon ami Xavier Debeerst et de sa galerie Anamorfose, nous avons découvert le pictorialisme. C'est le premier courant de photographie d'art, extrêmement populaire de la fin du XIXe siècle jusqu'aux alentours de 1920. La plupart des pictorialistes étaient des photographes amateurs. Ils voyaient périr leur monde familier – le “paradis perdu” – sous les assauts de l'industrialisation croissante. Il y a des similitudes avec ce qui se passe de nos jours. Montrer la réalité telle qu'elle est ne les intéressait pas, ils souhaitaient représenter leur univers de rêve et susciter une réaction affective. Pour eux, la lumière comptait par-dessus tout, ce qui les rapprochait quelque peu des impressionnistes. »

 

« En même temps, ils voulaient que la photographie devienne une discipline artistique à égalité avec la peinture et la sculpture. Ils expérimentaient avec des objectifs, différents types de papier photo, des manipulations en chambre noire, différents produits pour le développement des négatifs et ainsi de suite. »

 

« Dans les années 1920 le pictorialisme a été balayé par le modernisme. Mais cela reste un courant passionnant, ayant produit des œuvres intéressantes. Allez donc les consulter : Stieglitz, Steichen, Demachy, Käsebier… Et en Belgique : Marissiaux, Misonne, Lemaître… »

FORMAT CARRÉ

Martine : « Nous achetons aussi des œuvres photographiques modernes, dont la série ‘Square Print’ de l'agence Magnum. Deux fois par an, l'agence demande à ses photographes de réaliser des photos sur un thème particulier – la solidarité, par exemple. Le public dispose d'une semaine pour réserver les photos qui lui plaisent ; celles-ci sont alors imprimées au format carré, les plus grandes mesurant 15 cm sur 15. On paie 100 euros par photo, ce qui est tout à fait raisonnable. Nous en avons près de 80, dont 35 sont accrochées au mur chez nous. Nous les alternons régulièrement, pour conserver la fraîcheur de la présentation. »

ART ANCIEN ET NOUVEAU

Pieter : « L'art est important pour une ville. Une ville qui accorde de l'attention à l'expression artistique, reste vivante. Le rôle d'un musée dans ce processus consiste à conserver, restaurer, inventorier et présenter les œuvres. Le M y excelle. »

 

« C'est un beau musée et il est plutôt unique parce qu'on peut y voir l'art ancien et l'art actuel littéralement côte à côte. On sent que le musée veut aller loin dans cette voie ; les artistes contemporains sont invités à introduire la collection du M dans leurs expositions. Et les responsables du musée réfléchissent aux meilleures façons de faire coexister l'art contemporain et l'art ancien. ‘Prenez votre Temps’ l'illustre bien, c'est une exposition passionnante, justement parce qu'elle a été conçue et agencée autour de ce rapprochement. »

 

Martine : « Je voudrais ajouter encore deux choses, d'une part sur la nouvelle approche de la collection à l'église Saint-Pierre, qui est tout bonnement superbe. Et d'autre part sur un élément que nous apprécions tout particulièrement en tant qu'agence de communication : le musée communique d'une façon suffisamment générale. Pour nous, le premier numéro du magazine est une belle réussite. »

 

Pieter : « Et c'est pour toutes ces raisons que nous sommes devenus M-cènes. Voilà. »

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