Numéro deux | Impressionnant !

Le cabinet d'estampes du M se dévoile

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Le cabinet d'estampes du M se dévoile

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Normalement, il vous aurait été possible de visister la nouvelle présentation de collection 'Impressionnant !’ au M à partir du 13.11.20, qui comprend une sélection d'œuvres de notre riche cabinet d'estampes. Il s'agit d'une exposition peu ordinaire, car à côté de documents exceptionnels, vous pouvez y découvrir aussi le travail accompli dans les coulisses par les nombreux bénévoles qui contribuent à la conservation de la collection. Ils ont même pu participer au choix des pièces à exposer.

 

Puisqu'un peu de patience sera nécessaire jusqu'à ce que vous puissiez voir ce cabinet d'estampes unique, nous vous proposons un aperçu de ce à quoi vous pouvez vous attendre.

L'exposition est une occasion unique de montrer le travail et ceux qui œuvrent dans les coulisses Jochen Suy, gestionnaire de collection

Jochen Suy est l'un des gestionnaires de collection du musée, chargé tout spécialement de la gestion du cabinet d'estampes.

 

« Le M possède une collection d'estampes très diverse, s'étendant de 1500 à nos jours. Elle comprend des pièces majeures du XVIe siècle, des œuvres graphiques réalisées en Angleterre, en France, dans les Pays-Bas septentrionaux et méridionaux, et ailleurs encore. Nous avons aussi des dessins du XVIIIe siècle de Pieter-Jozef Verhaghen, le peintre de cour de l'impératrice Marie-Thérèse. Aucune période ou région ne domine et c'est justement cette diversité qui fait toute la force de la collection. Par ailleurs nous avons, par exemple, de superbes œuvres graphiques contemporaines qui font partie de la collection d'art de Cera, gérée par le M depuis quelques années. »

 

Comment le cabinet d'estampes a-t-il vu le jour ?
« Le prédécesseur du M, le Musée municipal Vander Kelen-Mertens, comptait parmi ses collaborateurs un spécialiste des estampes, Paul Vanden Plas, depuis les années 1920. Il jugeait que tout musée qui se respecte doit posséder un cabinet d'estampes. En peu de temps, principalement dans les années 1930, il a réuni la majeure partie de la collection, souvent par acquisition, mais aussi grâce à des dons de notables louvanistes. »

ACIDE

Et c'est cette collection que vous gérez actuellement ?
« Oui. Cela implique en premier lieu qu'il faut la conserver comme il faut, ce qui n'est pas simple, car le papier est une matière fragile. Le plus souvent, les papiers des XVIe et XVIIe siècles sont de grande qualité ; fabriqués à partir de chiffons, ils se conservent longtemps. Mais au XIXe siècle a démarré la production de masse du papier à partir de cellulose, extraite du bois. Ce papier a un taux d'acidité très élevé, à tel point qu'il finit par être dévoré par l'acide. Regardez les vieux journaux : s'ils ne sont pas bien conservés, il se désagrègent après quelques années. »

 

« De plus, de nombreuses estampes que nous détenons sont montées sur un support, le plus souvent en papier plus épais ou en carton. Mais ces supports présentent eux-mêmes un très fort taux d'acidité. Nous avons donc détaché toutes les œuvres et les ont rangées dans des chemises en papier sans acide, en les séparant par des feuilles intercalaires sans acide – fines et translucides, elles ressemblent un peu au papier calque. Nous empêchons ainsi que l'acide des estampes posées au-dessus s'infiltre dans les œuvres qui se trouvent dessous. Ensuite les chemises sans acide sont rangées dans des cartons sans acide, que nous conservons dans notre dépôt. »

 

« Le taux d'humidité est un autre facteur important. S'il est trop faible, le papier se dessèche, s'il est trop élevé, des taches et des moisissures se forment. Et puis il faut conserver les estampes autant que possible dans l'obscurité, car à la lumière le trait s'atténue au fil du temps ; voilà pourquoi elles sont entreposées dans des boîtes. Les insectes constituent une autre menace. Les poissons d'argent, par exemple, adorent grignoter le papier et il y en a dans quasiment chaque bâtiment. »

 

La conservation est la première étape, mais vous ouvrez aussi l'accès aux œuvres ?
« Pour chaque estampe, nos bénévoles établissent une description, tant matérielle que du contenu. La description matérielle ou technique comprend le format, les matières utilisées et les défauts éventuels. La description du contenu mentionne la date de réalisation, l'auteur, les techniques appliquées et ainsi de suite. »

 

« La dernière étape est la numérisation de l'estampe. Nous disposons d'un grand scanner à plat ; lorsqu'il est trop petit nous prenons des photos haute résolution. Nous numérisons la collection parce que nous voulons autant que possible laisser les œuvres dans leur carton protecteur. Désormais, pour préparer une exposition, nous pouvons travailler sur les fichiers numériques, sans ouvrir les boîtes et chemises ou manipuler le papier vulnérable. »

Il arrive que j'appelle l'un des collaborateurs du M en m'exclamant : “Regarde ce que j'ai trouvé ! Bie Devroey, bénévole

7000 INCONNUES

Quel travail fournissent les bénévoles ?
« Ils font à peu près tout : retirer les estampes des anciens emballages, rédiger les descriptions, numériser les œuvres, les ranger dans les chemises et cartons sans acide. Bien entendu, ils apprennent au préalable comment manipuler les estampes et le papier, et comment accomplir au mieux la tâche qui leur est attribuée. Nous sommes toujours à leur disposition pour répondre aux questions, mais dès le départ nous avons voulu que nos bénévoles puissent travailler dans la plus grande autonomie possible. Des problèmes se présentent de temps en temps, c'est inévitable – quelqu'un n'arrive pas à détacher une estampe de son support, par exemple – mais ils nous les signalent, tout simplement, et si nécessaire nous faisons appel à des restaurateurs professionnels. »

 

Quand avez-vous lancé ce projet ?
« Début 2016. Nous avions reçu des subventions pour le projet, que nous avons investi en matériel : papier sans acide, chemises et boîtes sans acide, scanner… En 2018 nous avons traité toutes les estampes connues de la collection, mais il restait une foule d'œuvres dont nous ne savions que très peu, voire rien du tout. Nos bénévoles continuent de s'en occuper en ce moment. Nous pensions qu'il s'agissait de plus ou moins 5000 pièces, mais nous en sommes déjà à 7000 et nous n'en voyons toujours pas la fin. »

 

Cela vous prendra encore combien de temps, à votre avis ?
« Dans un musée, le travail n'est jamais terminé. Nous enregistrons à présent chaque estampe en suivant les règles de base internationales – mais il est toujours possible de compléter cette description. Et puis il y a encore d'autres collections spécialisées du cabinet d'estampes dont nous voulons nous occuper, celle des imprimés anciens, par exemple. »

 

En travaillant avec les mêmes bénévoles ?
« Nous le leur demanderons certainement, car entretemps ils ont acquis une solide expérience spécialisée. Mais il va sans dire que tout dépend d'eux. »

 

« De nouveaux bénévoles restent les bienvenus, même si pour le moment il y a une liste d'attente. Nous remarquons que nombre de gens se sentent liés au M. Cela se comprend, car après tout le musée appartient à la communauté ; nous le gérons, c'est tout. C'est bien pourquoi nous souhaitons associer autant que possible le public à nos activités. »

DANS LES COULISSES

Combien de bénévoles ont contribué à ce projet ?
« Nous travaillons actuellement avec douze bénévoles. Il arrive que quelqu'un arrête, mais nous accueillons aussi des nouveaux venus. Au total, une quarantaine de personnes ont déjà contribué à ce travail. »

 

Le M aurait-il pu réaliser tout cela sans les bénévoles ?
« En aucun cas ! David, qui coordonne le bénévolat, a calculé que jusqu'à présent 6000 heures de travail y ont été consacrées, tout cela dans les dépôts où personne d'autre ne met les pieds. Le public n'en voit donc jamais rien. L'exposition ‘Impressionant !’ est une belle occasion de montrer à la fois le travail et ceux qui le fournissent dans les coulisses. »

RESTER CONCENTRÉES

Lucienne Crols (67 ans) et Bie Devroey (59 ans) sont toutes deux bénévoles au M, où elles participent à la conservation, la description et la numérisation des estampes. Elles nous parlent de ce travail intensif.


Bie : « Je passe deux matinées par semaine au M. »


Lucienne : « Moi, je viens tous les mardis de 9h30 à 16h. Comme je viens en bus de Nieuwrode, un trajet de près d'une heure tant à l'aller qu'au retour, je préfère rester toute une journée. » 

Pourquoi avez-vous décidé de faire du bénévolat au M ?
Bie : « J'étais institutrice avant de prendre ma retraite il y a quelques années, et je voulais trouver une activité qui me permettrait de garder l'esprit actif et d'acquérir de nouvelles connaissances. En surfant sur internet j'ai découvert que le M cherchait des bénévoles. Mais ils demandaient d'abord quelqu'un pour polir l'argenterie, et le nettoyage n'est pas vraiment mon truc. (rires). Plus tard est venue la demande pour le cabinet d'estampes, ce qui m'a aussitôt intéressée. »

 

« Juste après la fin de mes études, j'ai travaillé pendant quelque temps au Musée Vander Kelen-Mertens, le prédécesseur du M. C'était un environnement très agréable, j'en garde de bons souvenirs. Comme j'avais déjà pu voir certaines estampes à l'époque, je savais que la collection était considérable. »

 

« Une raison supplémentaire de mon choix est le fait que l'enseignement se pratique dans un cadre animé et bruyant, tandis qu'au musée règne le calme. »

 

Lucienne : « Pour moi, ça s'est passé plus ou moins de la même façon. Je voulais continuer à me servir de mon cerveau en tant que retraitée. Après mes études de chimie, j'ai travaillé pour une entreprise fournissant entre autres des thermomètres et des hygromètres. Comme les musées sont évidemment d'importants clients pour de tels instruments, j'en visitais beaucoup. À l'approche de la retraite, je me suis dit : “Pourquoi ne pas m'informer auprès du M ?” ; une ou deux semaines après, j'ai pu commencer. »

 

On dirait que vous avez postulé pour un emploi ordinaire !
Bie : « Mais oui ! J'ai même envoyé une lettre de motivation. Puis a suivi une séance d'information. Quelques personnes ont alors décroché parce que cela ne les intéressait plus, mais tous ceux qui voulaient fournir un vrai travail étaient les bienvenus. On est très bien informé à l'avance, pour qu'on sache à quoi s'attendre. »

 

Lucienne : « Je pense que pour le M, il est important de savoir que les gens sont motivés. Ils doivent nous former et ils assurent l'encadrement nécessaire, alors si quelqu'un ne revient déjà plus au bout de deux semaines… J’ai d'ailleurs été étonnée d'apprendre combien de bénévoles travaillent ici : plus de cent ! »

OH NON, DES SOUVENIRS MORTUAIRES !

Comment se passe le travail au cabinet d'estampes ?
Bie : « Au moment où j'ai commencé, il y a près de trois ans, le projet venait tout juste d'être lancé. Une grande partie de la collection était encore stockée dans les cartons du Musée Vander Kelen-Mertens. On a demandé à chacun de nous ce que nous préférerions faire ; moi, j'ai opté pour la numérisation. »

 

Lucienne : « Je suis arrivée un peu plus tard. Je me charge des descriptions : à l'aide d'un logiciel spécialisé, j'enregistre les dimensions de la pièce et sa provenance, j'évalue l'état du papier, je note s'il s'agit d'un dessin au fusain, d'une aquarelle, d'un pastel… Nous recevons une formation avant de commencer et je dispose aussi d'une documentation reprenant tout ce que je pourrais rencontrer. Et si nous n'arrivons pas à nous en sortir, nous pouvons toujours demander de l'aide. »

 

« J'ai commencé par toute une série d'images de dévotion. J'ai d'abord pensé : “Oh non, des souvenirs mortuaires, ça va être triste !” Mais il y avait aussi des souvenirs de communion et des images accompagnées de prières à toutes sortes de saints. »

 

Bie : « Numériser va relativement vite, mais il faut toujours bien vérifier le résultat. Pour s'assurer qu'il est parfait, il faut scruter l'image ; on y distingue beaucoup de détails de cette façon. Quand je tombe sur des estampes qui me captivent, j'appelle l'un des collaborateurs du M en m'exclamant : “Regarde ce que j'ai trouvé !”. »

 

« J'ai été touchée par certaines images de piété. Je me souviens du mémento d'un jeune homme, fraîchement diplômé au moment où a éclaté la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire, il est devenu pilote d'avion et s'est écrasé lors de sa première mission. Et aussi du souvenir mortuaire d'une maman morte en couches. Au dos de son mémento était imprimé l'annonce de décès du bébé, mort trois jours après. Dans de tels moments on se dit : ces gens-là ont vécu et leur souvenir a été conservé… On s'y attarde un instant. »

 

Lucienne : « Je n'ai rencontré rien d'aussi dramatique. Dans mon lot il y avait beaucoup de béguines, qui vivaient jusqu'à un âge avancé. (rires) »

Il faut toujours scruter l'image. On y distingue beaucoup de détails de cette façon. Bie Devroey, bénévole

FABLES

Il y aura bientôt une exposition au M, ‘Impressionnant !’, une sélection de pièces du cabinet d'estampes. Les visiteurs vous y verront à l'œuvre. Qu'en pensez-vous ?
Bie : « Pas de problème, j'ai été institutrice, j'ai l'habitude d'être observée. »


Lucienne : « Moi non plus, ça ne me dérange pas. Je suis toujours très intéressée par ce qui se passe dans les coulisses, donc je comprends ce choix. D'ailleurs, ça se fera à distance, les gens ne vont pas regarder par-dessus notre épaule. Surtout pas en ces temps de Covid-19, mais même avant la pandémie, il était prévu de maintenir une certaine distance. »

 

Et il paraît que vous participez à la sélection, en concertation avec les curateurs ?
Bie : « Oui, nous pouvons désigner nos estampes préférées et les curateurs de l'expo en sélectionneront certaines. Pour moi, ce sera un dessin auquel j'ai repensé plusieurs fois pendant le confinement : il représente un groupe autour d'une tombe. Je l'ai tout de suite admiré en le numérisant – j'ai appris depuis lors qu'il est de Félicien Rops – et j'aimerais bien le revoir. »

 

« Il y a aussi une série intéressante de dessins didactiques en maths, astronomie, biologie… J'aimerais savoir de quelle époque ils datent et à quoi ils ont servi. »

 

Lucienne : « Moi, j'ai dû rédiger la description de gravures illustrant les fables de La Fontaine. Il y en avait certaines que je ne connaissais pas, pour lesquelles j'ai alors recherché la morale de l'histoire. Ainsi on continue à apprendre. »

 

Vous recherchiez toutes deux une activité pour garder l'esprit actif. L'avez-vous trouvée ?
Lucienne : « Oui. Le travail que je fais ici, au M, m'a incitée à rendre visite à d'autres musées, ce que je ne faisais pas auparavant, j'étais trop occupée. Mais là, j'ai déjà visité le MAS, le Middelheim, le Musée de la Photo à Anvers… Sans le M, je n'aurais pas franchi le pas, je crois. »

 

Bie : « Chaque fois qu'une nouvelle expo s'ouvre au M, les bénévoles peuvent suivre une visite commentée par le commissaire de l'expo. Ça m'intéresse énormément à chaque fois – ils racontent avec une telle passion. Et plus tard j'y reviens seule, pour tout regarder à mon aise. »

 

« Une fois par an nous partons en excursion. Nous avons visité le Jardin botanique de Meise – qui est très beau – et la Bibliothèque royale, où nous avons pu voir les gravures de Bruegel et découvrir les coulisses de leur cabinet d'estampes. Nous sommes choyés ! »

 

Lucienne : « Et on nous apprécie, c'est très clair. Les collaborateurs viennent voir ce que nous faisons, répondent à nos questions… Pour ça aussi, tous nos efforts valent la peine. »

 

Combien de temps pensez-vous encore passer au cabinet d'estampes ?
Bie : « Quand j'ai posé cette question, on m'a répondu qu'il restait assez de travail pour le restant de nos jours ! (rires) »

 

Cette exposition a entre autres été rendue possible grâce au soutien de Delen Private Bank.

 

En tant que M-bassadeur ou M-cène, vous pouvez participer en exclusivité à des activités et visites guidées vous permettant d'approfondir vos connaissances.

‘Impressionant !’ a lieu du 13.11.20 au 05.09.2021.

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