Numéro deux | Playground

Le festival qui ouvre toutes grandes les portes du musée

Playground

Numéro deux de M
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Depuis que le M existe, le musée organise le festival annuel d'art vivant Playground en collaboration avec le STUK. Mais c'est quoi exactement, un festival d'art vivant, et d'où vient l'engouement qu'il suscite ? Nous avons posé la question à Eva Wittocx, cofondatrice de Playground et conservatrice en Art actuel au M, et à Lore Boon, qui coordonne les activités depuis onze ans.

 

Désormais, il est tout à fait clair que Playground n’existera que sur papier cette année. Nous voulons toutefois vous donner la possibilité de feuilleter la brochure. Comme le catalogue de l’exposition qui a eu lieu uniquement dans nos esprits. Nous ne lâcherons pas ces artistes et nous sommes heureux de leur donner une place dans la longue tradition Playground, afin que leur travail puisse également prendre vie dans votre esprit. Parce que l'imagination est maintenant plus importante que jamais.

De nombreux artistes n'aiment pas les étiquettes. Donc nous non plus. Eva Wittocx, conservatrice en Art actuel au M

Eva Wittocx : « Aujourd'hui, de nombreux artistes ne se disent pas “je vais peindre un tableau” ou “je vais faire une pièce de théâtre”. Au lieu de penser en termes de disciplines ou de catégories, ils explorent les zones intermédiaires entre les arts de la scène et les arts plastiques. Ils créent, par exemple, une installation à activer par des performeurs ou par le public, ou ils proposent une performance en direct dans une salle de musée. Le festival Playground leur en offre l'occasion. »


Lore Boon : « Il s'agit souvent de créations expérimentales, éphémères, qu'il est difficile de présenter sur le long terme. Avec Playground nous tentons de les réunir dans un festival ponctuel de quatre jours. »

DEDANS OU DEHORS ?

Lors de la première édition de Playground en 2007, le M n'existait pas encore. Le festival se déroulait en grande partie dans les salles du STUK, même si certaines performances trouvaient une place dans l'espace public, mis à disposition par la Ville de Louvain. Quand le M a ouvert ses portes deux ans après, une collaboration entre le musée et le centre d'arts s'est imposée d'emblée pour Playground. Lore Boon estime que les deux structures continuent à se compléter mutuellement.

 

« Le STUK dispose de salles de spectacle bien équipées et de l'infrastructure nécessaire. C'est une donnée intéressante pour les plasticiens qui souhaitent aussi créer un spectacle, qui veulent pour une fois faire autre chose que présenter leur travail dans un espace tout blanc au musée. Inversement, il y a des artistes de la scène désireux de transposer leur spectacle dans un “cube blanc”, dont ils peuvent disposer au M. »

 

D'autres artistes encore aiment investir l'espace public avec leur travail. Eva en donne un exemple : « Cette année, Alexis Gautier invite un petit groupe de visiteurs à participer à une exploration subjective de Louvain en attribuant un rôle important au hasard et aux réactions en chaîne. Les Louvanistes, les commerçants et les espaces publics seront les protagonistes d'un scénario imprévisible. En compagnie du public, Gautier examinera les environs du M et du STUK, et il mettra les deux institutions en rapport avec leurs environs immédiats. Les récits des habitants de ces quartiers serviront de fil conducteur. »

REMETTRE EN QUESTION LES TRADITIONS

Eva sait parfaitement quelles performances sont à leur place dans le festival – et lesquelles ne le sont pas.

Eva : « Pour moi, les performances à mettre à l'affiche doivent être visuellement intéressantes. Mais il est peut-être encore plus important qu'elles invitent à réfléchir et remettent en question les conceptions traditionnelles. Une œuvre d'art doit-elle obligatoirement être accrochée au mur ? Un acteur ou un danseur doit-il nécessairement évoluer sur une scène ? Ce que nous présentons doit susciter une réflexion sur l'art et les moyens de le présenter, tout en incitant les gens à laisser de côté ce qui leur est familier. Ça m'intéresse davantage que, par exemple, l'art corporel – ou body art –, un courant artistique mettant en avant le corps vivant en tant qu'œuvre d'art. Nous optons pour des performances qui posent des questions, comme “Qu'est-ce qu'une œuvre d'art, quelle forme peut prendre un spectacle, dans quelle mesure les distinctions entre les disciplines sont-elles strictes ?”. Cela nous semble plus passionnant que les performances physiques. »

 

« Un tel festival demande une préparation considérable. En fait, tout au long de l'année nous sommes à la recherche de performances à présenter. Nous avons d'ores et déjà repéré des spectacles qu'il n'est plus possible de programmer en novembre, mais qui seront à l'affiche de la prochaine édition. »

 

« En raison de la pandémie, nous avons dû changer le fusil d'épaule. Nous avons l'habitude d'effectuer une bonne partie de la prospection internationale au cours du printemps, ce qui n'a pas été possible cette année. Le programme sera donc plus belge que les autres années. »

UNE PART D'HISTOIRE DE LA DANSE

Cela ne veut pas dire pour autant que l'affiche de cette année ne comprendra aucun nom d'envergure internationale, bien au contraire. Ainsi le STUK accueillera un spectacle de la célèbre chorégraphe américaine Lucinda Childs. Eva commente : « Childs a aujourd'hui quatre-vingts ans, mais elle est une figure emblématique de la danse du XXe siècle. Au STUK, six danseurs reprendront quelques-unes de ses premières chorégraphies. Après avoir été présentées dans les années 1970, dans des musées, des églises et des espaces publics, la plupart de ces pièces n'ont plus que rarement – ou jamais – été vues. Le public sera donc témoin d'une part d'histoire de la danse. »

 

« Playground collabore avec plusieurs autres maisons européennes pour cette production, mais c'est Louvain qui en accueille la première mondiale. Les danseurs sont d'ailleurs en résidence au STUK cet été pour y préparer le spectacle. Chaque été, le STUK met des espaces de travail à la disposition d'artistes qui créent de nouvelles pièces. Certaines de ces résidences aboutissent à une première lors de Playground – comme c'est le cas cette année. »

 

Le M dispose aussi d'un espace accueillant des artistes en résidence, l'atelier du M au Cas-co dans la Vaartstraat à Louvain. Lore : « Cet automne, l'artiste belge Evelien Cammaert y préparera sa contribution à Playground. Il s'agira d'une installation occupant toute une salle, dans laquelle les visiteurs pourront déambuler librement, un mélange de scénographie et de projections. Des performeurs mettront l'installation en mouvement en y associant les visiteurs. Le résultat sera à mi-chemin entre une exposition et un spectacle – un produit Playground typique, autrement dit. »

 

Cammaert a déjà présenté son travail lors de Playground, ce qui est tout aussi typique. Lore : « La moitié des artistes qui seront présents cette année ont déjà fait partie du festival – certains même il y a dix ans. Ce rapport au passé est bien agréable. Beaucoup de festivals insistent pour présenter de nouveaux noms à chaque édition, mais nous pensons qu'il est important de continuer à suivre les artistes que nous avons appréciés. C'est notre philosophie et nous y restons fidèles. »

Playground a lieu chaque automne. L'édition 2020 n'a pas pu avoir lieu en raison des précautions entourant le coronavirus.

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La grande exposition de l'automne au M :

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