Numéro deux | Souffleur

Numéro deux

Souffleur

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SOUFFLEUR

« Souffleur, euse (n. de souffler, des souffleurs, euses) : dans un théâtre, personne qui est chargée de prévenir les défaillances de mémoire des acteurs en leur soufflant leur rôle » –selon Le Robert, un souffleur vous aide donc à vous rappeler ce que vous savez déjà. Nous estimons qu'il s'agit d'un excellent titre pour cette nouvelle rubrique dans laquelle des collaborateurs du M expliquent et commentent des expressions spécialisées que vous avez peut-être déjà entendues, mais dont vous ne connaissez pas – ou plus – le sens exact.

 

Avez-vous vu quelque part une expression du monde artistique que vous aimeriez faire expliquer par nos collaborateurs ?

TRIPTYQUE

Ko Goubert, gestionnaire de collection

« Un triptyque est une œuvre d'art en trois parties, reliées au niveau du contenu et formant un ensemble unique. Si l'expression est toujours utilisée en art moderne et même en littérature et en musique, nous l'appliquons surtout aux œuvres à trois panneaux du Moyen Âge et de la Renaissance. La plupart de ces triptyques, peints sur bois, ornaient des autels. ‘Le Martyre de saint Érasme’ en est un bon exemple, réalisé au XVe siècle par Dieric Bouts pour la collégiale Saint-Pierre à Louvain, où on peut d'ailleurs toujours le voir. »

« Le panneau central d'un triptyque est le plus grand. Les deux panneaux latéraux sont plus étroits de moitié et peuvent se refermer jusqu'à recouvrir entièrement le panneau central. De nos jours, la plupart des triptyques sont ouverts en permanence, mais à l'époque de Bouts ils restaient fermés la plus grande partie de l'année. Il fallait attendre les fêtes religieuses pour les admirer dans toute leur splendeur. »

 

« Voilà pourquoi l'envers des panneaux latéraux était également orné, par exemple des armoiries du commanditaire ou d'une représentation d'un saint en grisaille. »’

 

« Les triptyques sont des œuvres d'art religieux, véhiculant un message pour les fidèles. ‘Le Martyre de saint Érasme’ évoque les terribles supplices endurés pour sa foi par cet homme. Sur les panneaux latéraux figurent deux saints ayant mérité leur place au paradis pour d'autres raisons : saint Jérôme a consacré toute sa vie à l'étude de la Bible, tandis que saint Bernard, le réformateur de la vie religieuse, a mené une existence sobre et pieuse. Les deux saints hommes étaient donc de dignes exemples pour les croyants. »

SCÉNOGRAPHIE

Kristof Vande Walle, chef de production

« Voilà comment je l'explique d'habitude : la scénographie d'une exposition peut être comparée au décor d'un spectacle de théâtre, mais au musée, les œuvres d'art sont les acteurs. Le scénographe fait en sorte que le public les voie dans un cadre approprié, sous un éclairage approprié, dans des circonstances appropriées. »

« En art actuel, la scénographie est le plus souvent déterminée en collaboration par l'artiste et le commissaire d'exposition ; ils décident de l'ordre de mise en place des œuvres, de l'agencement de l'espace, de la dynamique de présentation… Cet automne, nous présentons une exposition de l'artiste allemand Thomas Demand, pour qui l'architecture du musée est un élément déterminant de la scénographie. Par exemple, il veut que les ouvertures faites dans les parois temporaires soient identiques à celles des portes existantes. »

 

« Pour les expositions d'art ancien, nous décidons de la scénographie en interne ou nous faisons appel à des spécialistes extérieurs. Elle demande généralement un temps considérable ; des propositions sont échangées et modifiées jusqu'à obtenir le résultat souhaité. Les décisions définitives sont prises par le commissaire, le scénographe et le chef de projet. »

 

« Les œuvres que nous présentons sont notre point de départ. Ensuite nous voyons quelles vitrines et quels socles seront nécessaires, où doivent être installées les parois et ainsi de suite. Pour la plupart des expositions sont fabriqués de nouveaux meubles, mais chez nous, au M, nous tentons de recycler autant que possible les équipements existants. Ce n'est pas facile, car chaque expo est unique. »

DÉHANCHEMENT

Marlies Verreydt, collaboratrice médiation au public

« Souvent, lorsqu'on adopte une posture décontractée en station débout, on reporte le poids du corps sur une jambe, ce qui crée un joli dynamisme. Le genou de la jambe d'appui est tendu, tandis que celui de la jambe libre est plié. La cheville remonte donc légèrement et, par conséquent, le bassin s'incline. La partie supérieure du corps doit chercher un nouvel équilibre : le torse pivote et les épaules se décalent un peu. »

« En sculpture, cette position du corps s'appelle “déhanchement”, “contrapposto” en italien. On parle aussi de “position en S” parce que le corps dessine une courbe sinueuse. Les statues présentant un tel déhanchement donnent souvent une impression de mouvement, comme si elles pouvaient partir d'un instant à l'autre. Mais en même temps, c'est une position très naturelle. Quand on demande aux gens de poser pour une photo, il y a de grandes chances qu'ils adoptent spontanément cette position. Comme elle est décontractée, on peut la garder longtemps, ce qui n'est pas inutile quand il faut poser pour un artiste… »

 

« Au M j'observe beaucoup de visiteurs adoptant eux-mêmes un tel déhanchement en regardant l'une de ces statues – c'est beau à voir. L'imitation inconsciente est un instinct profondément humain. Et puis ça veut dire que l'artiste a bien fait son travail. Le déhanchement est tellement détendu qu'il semble tout naturel. »

PERFORMANCE

Lore Boon, conservatrice assistante en Art contemporain

« Communiquer le sens exact de “performance” n'est pas simple. Comme l'art de la performance est multidisciplinaire, l'expression peut recouvrir toutes sortes de choses. C'est justement cette imprévisibilité qui fait toute la beauté de l'art performatif. »

« Toutes les performances ont un point commun : elles se déroulent de l'une ou l'autre façon en direct, le plus souvent dans un espace public, sur une scène ou dans un musée – ou en combinant divers éléments, par exemple le “cube blanc” du musée et la “boîte noire” du théâtre. Certaines performances sont annoncées, d'autres sont impromptues. Certaines suivent un scénario bien défini, d'autres laissent toute la place au hasard et à l'interaction avec le public. Elles prennent souvent comme point de départ une action banale, mais elles la présentent de façon à choquer ou à interpeler les spectateurs. »

 

« Puisque les performances se passent en live, elles sont par définition éphémères. Il arrive qu'on les enregistre, mais une telle captation n'est pas l'œuvre en soi. »

 

« L'expression “art de la performance” s'est généralisée dans les années 1970, mais elle date de l'époque du futurisme et des cabarets dada absurdes des années 1910. Depuis lors elle désigne tout un éventail de manifestations appelées “happenings”, ”events”, “actions” ou “spectacle d'art corporel”, ainsi que certaines facettes de l'art conceptuel. Parmi les artistes de performance connus, citons Joseph Beuys, Gilbert & George, Marina Abramović ou, plus récemment, Tino Seghal et Guy de Cointet. Mais l'art de la performance n'est pas un courant clairement délimité ; c'est plutôt un ensemble d'outils, de moyens permettant de pratiquer un art multidisciplinaire »

Avez-vous vu quelque part une expression du monde artistique que vous aimeriez faire expliquer par nos collaborateurs ?

Série Youtube

Vous pouvez également trouver des explications sur les expressions spécialisés dans la série M Souffleur sur YouTube. Jetez-y un coup d'œil !

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