Numéro trois | Vincent Geyskens

Exposition solo au M

Vincent Geyskens

Numéro trois de M
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Les œuvres de Vincent Geyskens (né en 1971) ont entre autres été exposées au S.M.A.K. à Gand et au KANAL à Bruxelles. Voici maintenant sa première grande exposition solo au M.

En tant que peintre, on ne veut qu'une chose : voir. Vincent Geyskens

Vincent Geyskens examine la position de l'art pictural dans la société contemporaine. Pour lui, « le corps, la matière » sont des éléments essentiels de la peinture, qui ne saurait exister sans eux. Et pourtant, ce sont justement ces facettes que néglige la culture visuelle actuelle.

 

« La peinture ne fait pas cela », affirme-t-il dans une entrevue avec la revue culturelle rekto:verso. « Je dirais même qu'elle en est incapable. » C'est pourquoi elle remet en cause le concept de progrès dans l'art contemporain – la conviction que l'art doit sans cesse se renouveler.

Dans toutes les œuvres de Geyskens, le geste physique de la réalisation est manifeste, par exemple dans le travail en pleine pâte. C'est sa façon de rendre tangibles les pensées, mais aussi de souligner le côté artisanal et matériel de l'art pictural.

 

Certaines œuvres de Geyskens sont abstraites, d'autres figuratives. Il a recours à diverses techniques et matières, mais son souci de faire ressortir le processus de réalisation reste constant. « Je considère la peinture comme une manière d'entrer en contact avec la matière et de mettre des choses en mouvement, plutôt que comme l'action de fixer quelque chose », explique-t-il dans une conversation avec la journaliste d'art Hilde Van Canneyt.

Séries

Dans l'œuvre de Geyskens se distinguent clairement des séries, liées tant d'un point de vue conceptuel que formel. L'exposition au M, qui souhaite mettre en évidence diverses facettes de son travail, comprend plusieurs de ces séries. Si l'accent est mis sur les dix dernières années, des œuvres de référence plus anciennes sont également présentes.

Cadres

Chaque œuvre de cette série est un polyptique composé de cadres tels qu'on en voit autour d'affiches dans la rue. Geyskens vide les cadres, les peint et crée des ouvertures d'observation. La succession des cadres crée un certain rythme, tandis que les formes et couleurs récurrentes suscitent des rapports complexes. Les textures et couleurs plastiques soulignent la pure matérialité des œuvres.

Toute image joue sur le souvenir et la familiarité, ce qui nous empêche de voir réellement. En peignant, je tente de m'éloigner à la fois de l'idée et de l'image, afin de créer des occasions de voir. Pour moi, peindre n'a pas comme premier objectif de faire voir, mais de voir, tout simplement. Je veux voir. En tant que peintre, on ne veut qu'une chose : voir. À mon sens, chaque tableau est une tentative de voir. En conversation avec la conservatrice Eva Wittocx

Collages

Pour ses collages, Vincent Geyskens part d'images existantes, souvent de nature pornographique, érotique ou politique. Elles ont une fonction explicite : exciter ou convaincre. Geyskens les déchire, plie, découpe et colle jusqu'à occulter l'image d'origine. Il crée ainsi de nouvelles compositions dont d'infimes fragments seulement restent lisibles. Ces collages questionnent le rôle des images dans notre culture de consommation.

œuvres abstraites

Dans ses œuvres abstraites, Geyskens étudie la fonction des motifs, de la couleur et de la dynamique formelle. Il travaille souvent en noir et blanc pour susciter une impression de vide ou d'ouverture. Les traits en pleine pâte soulignent le côté physique et matériel de la peinture.

Natures mortes

Geyskens examine sans relâche le sens possible de l'art pictural à notre époque, en se tournant également vers le passé et les pratiques d'artistes plus anciens. Au cours de l'année écoulée, il s'est consacré aux natures mortes. En teintes sobres, il peint sur fond blanc des compositions associant des bouteilles, un pain, un crâne, des gobelets… Les objets sont reconnaissables, mais schématiques, à la limite de l'abstraction. La superposition des couches de peinture rend ces natures mortes tangibles d'une certaine façon.

Affinité inattendue avec Alfred Delaunois

En préparant son exposition, Vincent Geyskens s'est aussi plongé dans la collection historique du M. Dans les tableaux et dessins d'Alfred Delaunois, il a découvert des correspondances avec ses propres œuvres, surtout les dessins paysagers récents réalisés lors de ses promenades. Il se sent des affinités avec la manière de peindre relativement brute de Delaunois et son usage de la matière et des textures.

 

Alfred Delaunois (1877-1941) était né à Bruxelles, mais a vécu la majeure partie de sa vie à Louvain. Il y est entré en contact avec le sculpteur et peintre Constantin Meunier (1831-1905), dont l'influence sur son travail a été grande.

 

Delaunois était un peintre apprécié. Professeur et directeur de l'Académie des Beaux-Arts de la ville, il jouissait d'une renommée internationale. Ses œuvres évoquaient souvent une atmosphère de silence et de contemplation.

Nouvelle monographie sur Vincent Geyskens

Le M et Mercatorfonds publient à l'occasion de l'exposition solo de Geyskens une monographie consacrée à l'artiste, abondamment illustrée, comprenant des textes de, entre autres, le critique d'art Dominic Van den Boogerd et la conservatrice du M Eva Wittocx. Conception graphique : Kim Beirnaert.

 

La maison d'édition Het balanseer publie ce printemps un nouveau poème de Geyskens, « Het Geslacht van de Paling ».

Vincent Geyskens

28.05.2021 - 05.09.2021

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