Ravage

20.03.2014 - 01.09.2014

Art et culture en temps de conflit

Cela fait exactement cent ans qu’éclatait la Première Guerre mondiale. Des milliers de soldats et civils belges y laissèrent la vie. Cette guerre n’a rien épargné, et l’art et la culture en ont également été les victimes. À Louvain, l’ancienne bibliothèque universitaire et d’innombrables livres précieux disparurent dans les flammes. L’exposition Ravage prend pour point de départ l’incendie de Louvain en 1914, en le resituant dans un contexte plus vaste. Au fil des siècles, les exemples de conflits prenant pour cible le patrimoine culturel sont légion. De l’iconoclasme calviniste à la destruction des statues de Bouddha en Afghanistan, de l’incendie de Constantinople à la destruction de Beyrouth, les crimes contre l’art et la culture ont existé de tous temps. Ravage aborde donc un thème très actuel profondément enraciné dans l’histoire.

L’exposition montre comment différents artistes mettent ces désastres en images. Choqués par les pertes irrémédiables, ils se sont laissé inspirer par les dévastations. L’exposition rassemble des oeuvres de maîtres anciens et d’artistes contemporains, du 15e au 21e siècle. Les allégories de Mars, dieu de la guerre, s’en prenant impitoyablement aux arts côtoient des représentations de villes dévastées, des témoins du passé, du matériel de propagande, des cartes postales et des réflexions critiques sur le pillage d’oeuvres d’art et les destructions. Tout au long du parcours de l’exposition, ces oeuvres sont réparties en cinq thèmes: la ville dévastée, les ruines, les destructions ciblées, la propagande et le pillage d’oeuvres d’art.

Les artistes

Cai Guo-Qiang, Adel Abdessemed, Emily Jacir, Fernando Bryce, Lamia Joreige, Lida Abdul, Michael Rakowitz, Mona Hatoum, Mona Vatamanu & Florin Tudor, Sven Augustijnen, Francesco Hayez, Floris Jespers, Pierre Alphonse & Pierre Emile Arnou, Frans Francken II, Henri Bles, Pietro da Cortona, Simon de Vlieger, Aurèle Augustin Coppens, William Turner, Michael Sweerts

Mona Hatoum

Bunker

Mona Hatoum (°1952, Beyrouth) quitte le Liban au début de la guerre civile en 1975. Elle présente le souvenir de sa ville natale comme un paysage d’apocalypse. Un groupe de treize constructions d’acier évoque une ville désertée par ses habitants. Bien que les structures soient dépouillées de détails architectoniques et réduites à leur plus simple expression, certaines sont inspirées de bâtiments reconnaissables, qui existent véritablement à Beyrouth. Pour Mona Hatoum, expérimenter physiquement une oeuvre d’art occupe toujours le premier plan. Cela s’applique indubitablement à Bunker: le visiteur qui évolue dans les décombres de cet amas de ruines modernes est immédiatement envahi par l’impact émotionnel de l’oeuvre. C’est un lieu inhospitalier n’offrant aucune protection, contrairement à ce que le titre de l’oeuvre pourrait laisser supposer.

Floris Jespers

American Welfare – Commission for relief in Belgium

L’incendie de la bibliothèque universitaire de Louvain provoquera l’indignation du monde entier. Après la guerre, les Américains construisent une nouvelle bibliothèque. En remerciement, les Belges leur offrent en 1953 une imposante tapisserie, d’après un dessin de Floris Jespers (1889-1965, Anvers). Cette oeuvre honore la générosité américaine envers la Belgique. À droite, on peut voir l’intervention des Américains sur le champ de bataille; la civilisation – un chapiteau ionique – est foulée aux pieds, mais l’intervention américaine parvient à sauver le patrimoine culturel du naufrage. Au centre, on reconnaît clairement la nouvelle bibliothèque universitaire de Louvain. Cette tapisserie fut montrée pour la première fois à l’Exposition universelle de New York de 1939. Plus tard, elle fut solennellement remise à la Hoover Institution, à Stanford. Depuis, elle est conservée dans les archives.

Michael Rakowitz

May the Arrogant Not Prevail

La Porte d’Ishtar, en Irak, est l’un des exemples les plus célèbres d’oeuvre d’art arraché à son contexte culturel initial. Cette porte, qui date de 575 avant JC, permettait d’entrer dans l’ancienne ville de Babylone, aujourd’hui en territoire irakien. Au début du 20e siècle, la porte est démontée sous la houlette d’un archéologue allemand, pour être reconstruite au Musée de Pergame à Berlin. Aujourd’hui, une reconstitution de la porte d’Ishtar datant des années 1950 se trouve près des antiques ruines de Babylone. Michael Rakowitz (°1973, New York) a réalisé une réplique de cette réplique. Par cette oeuvre, l’artiste attire l’attention sur la préhistoire coloniale des instituts culturels modernes. L’habillage de sa porte est réalisé en emballages de produits alimentaires arabes. Le titre de l’oeuvre, May the Arrogant Not Prevail (2010), vient du nom de la voie processionnelle qui commençait à la porte d’Ishtar: Ay-ibur-sabu.

Commissaires d'exposition: Eline Van Assche et Ronald Van de Sompel 


Comité scientifique: Koenraad Brosens (KU Leuven), Luc Delrue (M), Mark Derez (KU Leuven, Archives Universitaires), Goedele Pulinx (M), Marjan Sterckx (UGent), Jo Tollebeek (KU Leuven), Tom Verschaffel (KU Leuven), Hélène Verreyke (M) et Eva Wittocx (M)