Recherche de la provenance des œuvres d’art

La légende de saint Quentin

Lorsqu’on dresse l’inventaire d’une collection muséale, il est important de vérifier et de documenter la provenance des œuvres d’art et des objets patrimoniaux. Malheureusement, ce n’est pas toujours simple : souvent, que ce soit dans un passé lointain ou plus récent, les informations n’ont pas été enregistrées ou se sont perdues, par exemple lors des guerres et des conflits. C'est notamment le cas pour une œuvre de la collection du musée M : La légende de saint Quentin. Le tableau, sauvé de la destruction par ceux qu’on a appelés les Monuments Men, n’a pas pu être rendu à un propriétaire légitime lors de la restitution de 1945 en Belgique.

Biens culturels volés et disparus

Lors de la Seconde guerre mondiale, de nombreuses œuvres d’art et biens culturels privés et publics ont été abandonnés, volés et/ou pillés. Ce fut également le cas en Belgique. Un grand trafic d’art s’est alors développé, principalement en Europe centrale et de l’Ouest. Après la Seconde Guerre mondiale, bon nombre de biens culturels ont été repérés, retrouvés et rendus à leurs propriétaires légitimes, leurs héritiers ou aux États. Cependant, la provenance de tous les biens culturels retrouvés n’était pas toujours évidente. Il n’était pas non plus facile de savoir s’ils avaient été volés et à qui ils appartenaient avant la guerre. Certains de ces biens culturels ont été récupérés après les années d’occupation et la libération, soit par des particuliers soit au niveau public.

Lors de la Conférence de Washington en 1998, la Belgique a signé des principes concernant les biens culturels pillés et disparus au moment de l’occupation nazie. Les musées et institutions culturelles ont collaboré avec la Commission Études des Biens juifs ainsi que la Commission de Dédommagement afin d’établir la provenance de ces biens culturels. Il s’agissait d’œuvres d’art qui faisaient éventuellement l’objet de pillage ou d’achats par les nazis, y compris la restitution en Belgique et par celle-ci après la guerre.

L’enquête a pris des années. Après ces enquêtes et en vue d’assurer la transparence, il a été décidé de rassembler dans une base de données les œuvres d’art dont la provenance n’a pas pu être identifiée ou restait incomplète dans le but d’obtenir davantage d’information sur l’histoire de l’acquisition. Cette base de données se concentre principalement sur les tableaux et sculptures qui se sont retrouvés dans les collections des musées après la Seconde Guerre mondiale. Cette enquête est le résultat d’une étroite collaboration entre les Communautés, l’Autorité fédérale et les établissements et musées concernés.

La légende de saint Quentin

Dans la Collection M est également conservé un tableau qui n’a pas pu être rendu à un propriétaire légitime en Belgique en 1945, lors de la restitution : La légende de saint Quentin. Toute information susceptible d’éclaircir l’histoire de ce tableau, plus particulièrement pendant l’avant-guerre et les années de guerre, sont les bienvenues. Si vous disposez d’informations sur cette œuvre, n’hésitez pas à contacter le service Collections du musée M, par e-mail ou par courrier postal. Vous aimeriez en savoir plus sur ce qui se joue dans ce tableau fascinant ? Dans ce cas, consultez la fiche détaillée de l’œuvre sur le site d’Erfgoedplus (uniquement en néerlandais). Dans le bas de cette page, vous trouverez également un récapitulatif de tous les détails concernant l’auteur de l’œuvre, ses dimensions, sa provenance...

Parfois sans malveillance

Pour être complets, rappelons que les lacunes dans l’historique des œuvres d’art ne sont pas uniquement dues aux situations de guerre. L’absence de documents et d’archives, surtout, mais aussi d’autres facteurs tels que des vols ou les achats, dons ou échanges non documentés compliquent le retraçage de l’histoire des œuvres d’art et objets patrimoniaux dans les collections des musées. Le flou qui règne autour de la provenance d’une œuvre d’art ne relève donc pas toujours de malveillances.

La légende de saint Quentin

Détails

Tableau double-face représentant la guérison d’un pauvre aveugle et la condamnation de Saint Quentin (face), et la scène de torture effroyable (dos)
 

Peintre anonyme (Pays-Bas Méridionaux), autrefois attribué à Jan II Van Rillaer (Louvain) et Bernard Van Orley (Bruxelles)
 

Peinture à l’huile sur panneau de chêne
 

107 x 96 cm; max. 125,5 x 114 x 7,4 cm cadre incl.

 

M - Museum Leuven, inv. S/9/O (ancien Stedelijk Museum Vanderkelen-Mertens)

 

Vendu le 20 juin 1928 à Bruxelles dans la vente de la collection de feu Amedée Prouvost, attribué alors à Jan Van Rillaer; mentionné en 1937 dans la collection du marchand d’art bruxellois De Heuvel comme œuvre de Bernard Van Orley; plus tard dans la collection du marchand d’art Léon Seyffers (1885–1944/45), rue de la Régence à Bruxelles; acheté en 1941 par le prospectant Kajetan Mühlmann; vendu en décembre 1941 par Mühlmann au Reichsmarschall Hermann Göring pour RM 8.000 (étiquette sur le cadre: [...] Mühlmann, Berlin. Dec. 1941, KG 889.); transféré en 1945, avec la collection d’art de Göring, de Carinhall à Berchtesgaden, et y retrouvé la même année par la Monuments, Fine Art & Archives Division (n° Berchtesgaden 123); transféré le 25 juillet 1945 au dépôt central de Munich, le Central Collecting Point (n° Munich 5161); rapatrié en Belgique le 10 octobre 1946 (n° Service Récupération Economique A.79); exposition Chefs-d’œuvre récupérés en Allemagne au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en novembre–décembre 1948; dépôt par l’Etat belge au musée de Louvain en 1951.

 

Collection de feu Amedée Prouvost, cat. de vente, Galerie Fievez, Bruxelles, 20.06.1928, p. 38 et pl. XXXIII (un exemplaire dans la collection M, inv. V/75/5759); Bulletin de la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles, année 1936–1937, p. 79; F. Beaudouin e.a., In Duitsland herwonnen kunstwerken = Chefs-d’œuvre récupérés en Allemagne, cat. d'exposition, Bruxelles, 1948, p. 31, n° 37; Geert Sels, Kunst voor Das Reich. Het wedervaren van schilderijen in onze musea, numéro spécial dans: OKV, année 55 (2007) n° 1 (attribuée à Jan Van Rillaer, données incomplètes).