Dans les coulisses de M : accompagnateur·rices du public

Publieksbegeleiders in museum M Leuven

© Marie Dreezen voor M Leuven

Dans les coulisses de M

ACCOMPAGNATEUR·RICES DU PUBLIC

Ne les appelez pas surveillant·es de salle, et encore moins gardien·nes. Les accompagnateur·rices du public sont les hôtes et hôtesses de M. Ils et elles savent tout (ou du moins beaucoup) sur les œuvres exposées, mais peuvent aussi vous indiquer le chemin de l’ascenseur ou des toilettes. « Si vous voulez savoir quelque chose, adressez-vous à nous ».

Publieksbegeleiders in museum M Leuven

© Marie Dreezen voor M Leuven

Désolé monsieur, je vous ai pris pour une œuvre d’art ! 

Gunnar Machtelings travaille à M depuis son ouverture, en 2009. Alex Emenogu est accompagnateur du public depuis 2013. Jona Jamart travaille à M depuis la fin de l’année 2024.

 

Jona : « M a quatre accompagnateur·rices permanent·es, ainsi que des collaborateur·rices avec des contrats à la journée et des emplois étudiants. Nous ne portons pas d’uniforme, mais vous pouvez nous reconnaître grâce au badge Can I help you. »

 

Gunnar : « Quand les gens entrent dans une salle, on essaie d’établir un contact visuel ou de dire bonjour. En fait, on le fait pour leur dire : “N’hésitez pas à nous parler si vous voulez savoir quelque chose” ».

 

Alex : « La question qu’on nous pose le plus souvent est la suivante : “Pouvez-vous nous en dire plus sur cette œuvre ou cet artiste ?” En général, on peut le faire, car pour chaque nouvelle exposition, les guides et nous suivons une visite guidée du commissaire et/ou de l’artiste. »

 

Gunnar : « Les gens me demandent parfois si je suis l’artiste. En général, je réponds non (rires). »

 

Alex : « Il m’est arrivé qu’un visiteur s’approche de moi un jour et me regarde attentivement de la tête aux pieds. Quand je lui ai demandé si je pouvais l’aider, il m’a répondu avec consternation : “Oh, désolé monsieur, je vous ai pris pour une œuvre d’art !” »

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© Marie Dreezen voor M Leuven

Pommelien Thijs

Alex : « La présence entrelacée d’art ancien et contemporain attire un public très diversifié à M. Comparez-le à un festival de musique avec à l’affiche les Rolling Stones et Pommelien Thijs. C’est pourquoi on nous pose les questions les plus variées ».

 

Jona : « Pour les œuvres contemporaines, il n’y a pas toujours beaucoup d’explications, mais il faut quand même pouvoir donner une réponse aux visiteur·euses qui souhaitent apprendre quelque chose à ce sujet. Ce que l’artiste veut vous dire n’est peut-être pas ce que le visiteur voit dans l’œuvre. Mais je pense que l’interprétation personnelle est tout aussi importante, ce qu’on ressent face à l’œuvre. »

 

Gunnar : « Dans la Collection de M est accrochée une œuvre de Willem Oorebeek, Katalog Blackout. De prime abord, on dirait une série de feuilles de papier noir, jusqu’à ce qu’on l’observe par le bas, ce qui permet de voir beaucoup plus de détails. Parfois, je dis aux gens de plier les genoux pour mieux voir l’œuvre. Un jour, on m’a rétorqué : “Dites donc, je ne suis pas venu ici pour faire de la musculation !” L’important alors est surtout de rester aimable. »

 

Alex : « Mais on nous pose tout autant de questions sur l’art ancien. Dans la première salle, le triptyque de Michiel Coxie est présenté avec les volets fermés en général. Quand on nous demande pourquoi, on explique aux gens qu’autrefois, ces triptyques n’étaient ouverts qu’à l’occasion de fêtes religieuses. Il arrive de temps à autre que quelqu’un essaie d’ouvrir les volets. Heureusement, ils sont bien fermés. Dans ce cas, nous intervenons bien sûr aussitôt. »

 

Gunnar : « La présentation mixte d’ancien et de contemporain met parfois les gens sur une fausse piste. Dans la première salle, une œuvre contemporaine de Patrick Van Caeckenbergh est accrochée parmi d’anciennes peintures religieuses, mais si on la regarde de près, on peut voir qu’il y a incorporé des images pornographiques. Un jour, une grand-mère a demandé à son petit-fils, sans se douter de rien, quel tableau il voulait voir. Le petit garçon lui a indiqué cette œuvre. Ce n’est qu’une fois face à l’œuvre que la grand-mère s’est rendu compte de ce qu’ils regardaient et ils se sont précipités dans la salle voisine (rires). »

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© Marie Dreezen voor M Leuven

Ne jamais s’asseoir

Alex : « Le musée est divisé en zones, qui englobent chacune quelques salles. L’église Saint-Pierre est une zone séparée. Très belle aussi, mais il y fait plus froid qu’à M. »

 

Jona : « Dans chaque zone, il y a un·e accompagnateur·rice du public, mais on change de zone toutes les heures. Ainsi, on se promène un peu. On ne s’assied que lorsqu’il fait plus calme. C’est parfois fatigant. De même que travailler toute la journée dans une lumière artificielle, surtout si elle est atténuée. Les visiteur·euses nous demandent parfois pourquoi il fait si sombre dans ces salles. C’est indispensable pour les pièces fragiles. »

 

Gunnar : « Les gens se plaignent parfois aussi du bruit ou des autres visiteur·euses. M propose un audioguide sur le smartphone, mais certain·es malentendant·es l’écoutent parfois à un volume trop fort. On leur demande alors de baisser le son ou d’utiliser des écouteurs. »

 

Jona : « Heureusement, on reçoit aussi beaucoup de commentaires positifs aussi : exposition intéressante, belle scénographie… On transmet ces commentaires en interne. Nous sommes le premier point de contact pour les visiteur·euses, c’est donc une information intéressante pour le musée. »

Des moments « Joconde »

Jona : « Tous les jours, des groupes viennent visiter M, avec ou sans guide. On veille à ce qu’il n’y ait pas simultanément deux groupes dans une salle, et à ce que les guides ne restent pas devant une œuvre pour l’expliquer. »

 

Gunnar : « Beaucoup de classes d’écoles viennent aussi, et pas tous les enseignants contrôlent leur groupe. Surtout des adolescents préfèrent parfois chiller sur un banc. Tant qu’ils ne dérangent pas les autres visiteur·euses, pas de problème. Mais, sans être trop stricts, on garde les choses à l’œil. À M, tout le monde doit se sentir chez soi. »

 

« Lors de grandes expositions, M travaille avec des créneaux horaires, mais il peut quand même y avoir beaucoup de monde. Parfois, il y a même des moments “Joconde”, quand les gens se pressent les uns contre les autres pour voir un chef-d’œuvre en particulier. Mais après la fermeture, on a cette œuvre pour nous tout seuls. Ce sont des moments privilégiés. »

 

Alex : « Encore une des tâches qu’on remplit : passer peu avant la fermeture dans toutes les salles pour vérifier que personne n’y soit plus. Parfois, il faut faire deux ou trois fois le tour du musée, tout un parcours ! »

 

Gunnar : « En partant, on me demande parfois des conseils pour un endroit où aller manger ou prendre un verre. Je réponds systématiquement : Barbóék à M ! Et je leur souhaite encore une bonne journée (rires). » 

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© Marie Dreezen voor M Leuven

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