Art contemporain à l'Abbaye de Parc

Exhibition view: Rossella Biscotti, new works, Witte de With, Rotterdam, 2019. Photo by Kristien Daem. Courtesy of the artist and morcharpentier
Art contemporain à l'Abbaye de Parc
« Le Musée PARCUM et M Leuven sont des partenaires évidents »
Au bout de quasi quinze ans de travaux de restauration, le site abbatial de l’Abbaye de Parc est enfin délivré de ses échafaudages. Cela se célébrera les 24 et 25 octobre, au cours d’un week-end festif qui marquera en même temps le coup d’envoi d’une exposition exceptionnelle, Paysages entrelacés : Art à l’Abbaye de Parc.
Wouter Jaspers (Musée PARCUM) et Eva Wittocx (M Leuven) nous racontent comment cette exposition a vu le jour.

Exhibition view: Rossella Biscotti, new works, Witte de With, Rotterdam, 2019. Photo by Kristien Daem. Courtesy of the artist and morcharpentier
Commençons par un peu de contexte sur l’abbaye, qui fêtera son 900e anniversaire dans trois ans.
Wouter : « En 1129, le comte de Louvain a fait don de son parc de chasse aux Norbertins afin qu’ils y fondent une abbaye – d’où le nom d’Abbaye de Parc. À l’exception de quelques périodes de guerre, elle est restée habitée sans interruption. Les moines ont exercé un impact considérable, sur le plan religieux, bien sûr, mais aussi sur le paysage et l’économie. À son apogée, l’abbaye possédait environ 3 500 hectares de terres, dans un rayon de 35 kilomètres autour de l’abbaye. Aujourd’hui, il ne lui reste qu’un peu moins de 42 hectares, mais il s’agit de l’un des sites abbatiaux les mieux conservés d’Europe occidentale ».
« À la fin du siècle dernier, l’abbaye était en piteux état. Les Norbertins n’étaient plus en mesure d’en assurer eux-mêmes l’entretien. C’est pourquoi ils ont cédé le site en bail emphytéotique à la ville de Louvain en 2011. Celle-ci a créé une société à responsabilité limitée, Erfgoedsite Abdij van Park, afin de restaurer l’abbaye, de la gérer et de lui donner une nouvelle affectation. Cette restauration est allée bien au-delà d’une simple remise en état des édifices ; elle constitue le fruit d’une réflexion approfondie sur les fonctions et les partenaires qui conviendraient à chacun des bâtiments. »
« PARCUM est l’un de ces partenaires. Nous sommes à la fois un centre d’expertise en art sacré et culture religieuse et un musée. Notre mission consiste à rendre le patrimoine de l’abbaye – ses trésors artistiques, par exemple – accessible au grand public. Nous organisons en outre des expositions consacrées au patrimoine religieux, que nous considérons avant tout comme un levier pour aborder des thèmes sociétaux. »
Ligne d’assistance
Wouter : « Pour célébrer l’achèvement de la restauration du site, nous voulions monter une exposition d’art contemporain. L’idée était de demander à des artistes vivant·es d’étudier l’âme de ce lieu et la manière dont nous pourrions écrire une nouvelle histoire pour les neuf cents ans à venir. Puisqu’un projet d’art contemporain ne relevait pas de notre domaine d’expertise, nous avons fait appel à M. »
Eva : « M Leuven et PARCUM sont des partenaires évidents. Nous disposons tous deux d’une vaste collection, qui comporte des pièces du patrimoine religieux, et nous avons un fonctionnement contemporain, en phase avec l’actualité. Nous avons déjà collaboré à plusieurs reprises, et il ne fait aucun doute que d’autres occasions se présenteront encore. »
« Nous les avons aidés à rédiger et à diffuser un appel ouvert à candidatures afin de trouver des commissaires d’exposition pour l’exposition. Ensuite, un jury de cinq membres a examiné et classé les dossiers reçus et nous avons invité celles et ceux dont les propositions étaient les plus solides à un entretien – un entretien d’embauche, en somme. Finalement, nous avons retenu un collectif de quatre artistes : María Inés Rodríguez, Katya García-Antón, Ana Sokoloff et Daniel Feldman. La figure centrale, María Inés, est colombienne, mais elle vit et travaille à Bruxelles. Les autres vivent un peu partout dans le monde et sont particulièrement actifs à l’international. Cela nous a semblé plutôt intéressant : ne pas donner carte blanche à un·e commissaire, mais faire entrer le monde et travailler avec des noms internationaux. Et à leur tour, ces artistes ont choisi des artistes belges et étrangers. »
« Je pense que cet appel ouvert à candidatures et le processus de sélection ont constitué notre principale contribution à l’exposition. Mais nous sommes restés disponibles tout au long du processus, comme une sorte de ligne d’assistance au cas où… Il est arrivé que nos collègues de PARCUM se soient demandé comment gérer une situation, et nous appellent. Ce n’était pas un accord officiel, nous l’avons fait par esprit collégial. »
Wouter : « C’était très agréable pour nous. Quand nous appelions, nous savions que nous aurions vraiment quelqu’un au bout du fil. »

Wouter Jaspers van Museum PARCUM

Eva Wittocx van M Leuven, foto: Aurélie Geurts voor M Leuven
Déambulation
Eva : « Dès le début, nous avons défini quelques grandes lignes pour les commissaires. L’ensemble du site, intérieur et extérieur, pouvait être utilisé. Le point de départ consistait à élaborer une exposition collective et variée sur ce lieu spécifique. Nous voulions de surcroît qu’ils travaillent avec plusieurs artistes, et non pas une exposition individuelle. »
Wouter : « Pour le contenu, l’équipe de commissaires a toujours recherché le dialogue. Elle est venue sur place discuter avec les partenaires – avec la brasserie et la ferme bio, par exemple. Qui serait intéressé par une collaboration avec des artistes ? Stefan Van Lani, archiviste et conservateur, véritable encyclopédie vivante de notre abbaye, a fait visiter les lieux à l’équipe de commissaires et aux artistes. L’idée était de faire ressentir l’âme du site et de réfléchir à leur contribution. Quelle pièce de mon travail s’intégrerait bien ici ? Ou est-il préférable de créer une nouvelle pièce ? Quel espace lui conviendrait ? »
Eva : « J’apprécie particulièrement la perspective très vaste sous laquelle le thème de la religion est abordé. PARCUM est un centre dédié à la culture religieuse – il ne s’agit donc certainement pas du seul patrimoine catholique. L’exposition pose notamment la question de ce que la religion peut signifier dans notre société. Et ce qui est très beau, c’est que les différentes voix et origines des artistes viennent ouvrir tous les registres de cette question. »
« Finalement, vingt-cinq artistes participent, dont dix créent de nouvelles œuvres. Carlos Casas développe une variante de Bestiari, une œuvre qu’il a présentée il y a deux ans à la Biennale de Venise : une installation qui mêle sons et images abstraites de la nature, mais cette fois, adaptée à l’abbaye et à l’espace spécifique où elle sera exposée. »

Kunstwerk uit ‘Verweven Landschappen’: ‘Glowing Phalanges # 168 -182’, Ahmed Umar, © Ahmed Umar
Wouter : « Le parcours est très beau – même si “parcours” n’est peut-être pas le mot exact. L’idée est de déambuler sur le site et de se laisser surprendre par les œuvres d’art. Et que celles-ci, espérons-le, invitent à la réflexion. Bien sûr, nous mettons à disposition un guide du visiteur, afin de pouvoir trouver chacune d’entre elles si on le souhaite. »
« En principe, l’exposition est temporaire et a pour objectif de faire découvrir le site à travers des œuvres d’art et d’attirer un public qui ne limite pas sa visite aux seuls bâtiments historiques. Mais nous étudions la possibilité de conserver certaines des dix nouvelles créations. Et nous aimerions beaucoup, si cela se révèle possible, lancer un programme de résidences d’artistes. Le lieu est vraiment magnifique et les artistes ont attesté à l’unanimité qu’il y règne une sérénité, une beauté qui ne laisse pas indifférent. Il serait dommage de ne pas en tirer pleinement parti. »

Foto: Pol Leemans
Paysages entremêlés : art à l’Abbaye de Parc
24.10.26 - 28.03.2027
Avec des œuvres de Laure Provost, Hana Miletić, Ahmed Umar, Guadalupe Maravilla et Tarik