La collection de M: le long de la galerie des portraits

© Marie Dreezen voor M Leuven
Collection de M
Le long de la galerie des portraits
Depuis juin 2024, la Collection de M propose un regard nouveau et varié sur la riche collection de M Leuven. L’une des nouveautés est que les couloirs font à nouveau partie intégrante du parcours d’exposition. Ainsi transformé, le hall central de l’ancienne maison de maître Vanderkelen-Mertens fait office de galerie de portraits avec une touche originale. Jusqu’en 2029, vous pourrez être nez à nez avec des personnes de haut rang, pour qui se faire portraiturer était un symbole de statut social coûteux. Mais il n’y a pas que des notables. Dans cet espace, des personnes que leur genre, leur origine sociale ou ethnique ou leur handicap a souvent maintenues dans l’ombre reçoivent désormais la reconnaissance qu’elles méritent. Tous ces portraits et ces sculptures ont un point commun : chaque œuvre recèle une histoire captivante. Dans cette édition de l’Exposition sur papier, nous avons le plaisir de vous en raconter quelques-unes.

© Marie Dreezen voor M Leuven
PIERRE JOSEPH STEGER (1831-1899)
Les sœurs Miranda (1841– ?) et Isala Van Diest (1842-1916), vers 1855, huile sur toile, collection M Leuven
Ce portrait tendre est l’un des quatre tableaux représentant la famille Van Diest. Le père, Pierre, était chirurgien et obstétricien à Louvain. Lui et son épouse Elisabeth ont eu six filles et un fils. Le couple, assez progressiste pour l’époque, a dispensé la même éducation à leurs filles qu’à leur fils. Isala, à droite sur le portrait, rêvait de devenir médecin, comme son père.
Cependant, l’université de Louvain n’admettait pas encore les femmes. C’est donc à l’université de Berne, en Suisse, qu’Isala a obtenu son diplôme de médecine en 1879. Afin de le faire reconnaître en Belgique, elle a dû ensuite suivre une formation complémentaire à l’ULB, à Bruxelles, qui venait d’ouvrir ses portes aux femmes.
Finalement, Isala a pu exercer en Belgique à partir de 1884, devenant ainsi la première femme médecin de notre histoire. Elle traitait principalement des femmes – beaucoup d’hommes ne faisaient pas confiance à une femme médecin – et s’est engagée avec ferveur pour les droits des femmes.

Pierre Joseph Steger (1831-1899), zussen Miranda (1841-?) en Isala Van Diest (1842-1916), ca. 1855, olieverf op doek, collectie M Leuven, bron: artinflanders.be, foto: Dominique Provost & Cedric Verhelst
Cet automne, Isala se rendra finalement à la KU Leuven : son portrait avec sa sœur Miranda sera prêté pour l’exposition Sur les routes du savoir à la bibliothèque universitaire. Le tableau sera remplacé par un double portrait récemment restauré d’un couple du nord des Pays-Bas, offert par l’université au musée en 1913. Il s’agit d’une œuvre de Michiel van Mierevelt, maître dans l’art de représenter les riches textures de la dentelle, du brocart, de la broderie et de la fourrure.


ANONYME, ÉPIGONE DE FRANS POURBUS (I)
Charles d’Arenberg (1550-1616) et Anne de Croÿ (1564-1635, 1588, huile sur panneau, Collection M Leuven
Un couple distingué, richement vêtu d’habits ornés de broderies dorées, de perles et de fines collerettes, nous regarde fixement. On a longtemps considéré ces panneaux comme des copies d’œuvres plus anciennes, réalisées au XVIIe siècle. Mais un récent procédé de conservation a mis au jour une découverte majeure : sous des repeints du XIXe siècle, les portraits de la fin du XVIe siècle se sont avérés quasiment intacts et étaient même datés. Sur la base des similitudes avec un portrait de famille conservé au château d’Arenberg, nous avons pu identifier, avec l’aide d’un spécialiste de la KU Leuven, les personnes représentées comme étant le duc et la duchesse d’Arenberg, peints en 1588, un an après leur mariage.


(ATELIER DE) NICOLAES ELIASZ. PICKENOY
Fragments de portraits individuels, 1635, prêt à long terme Collection Van der Velden-Teurlings
Ces deux sœurs sont immortalisées sur des « pendants » – des œuvres formant une paire – sur lesquels elles se font face. Leurs vêtements élégants et luxueux – robes noires et brillantes, broderies raffinées sur les manches argentées, grandes fraises, manchettes et coiffes en dentelle – nous indiquent qu’elles sont issues d’une riche famille des Pays-Bas septentrionaux. Les deux sœurs portent une épingle à cheveux ornée d’un pendentif serti de pierres précieuses. (À noter : M Leuven possède également de tels pendentifs en diamant dans sa collection.) Une épingle à cheveux est une imposante épingle plate qu’on enfonce dans les cheveux. À travers le chas de l’épingle, on pouvait passer un ruban dans le chignon. Selon certaines sources, l’épingle à cheveux avait également une signification symbolique : en la portant à droite, la sœur aînée, indique qu’elle est mariée, contrairement à sa sœur cadette.
(omgeving) Nicolaes Eliasz. Pickenoy, twee zussen, 1635, olieverf op paneel, langdurige bruikleen Collectie Van der Velden-Teurlings © Collectie Van der Velden-Teurlings, foto: Pieter de Vries
(omgeving) Nicolaes Eliasz. Pickenoy, twee zussen, 1635, olieverf op paneel, langdurige bruikleen Collectie Van der Velden-Teurlings © Collectie Van der Velden-Teurlings, foto: Pieter de Vries
CONSTANTIN MEUNIER (1831-1905)
Madame Tiberghien, Hélène Lemmens (1858-1951), vers 1884-1900, huile sur toile, Collection de la Communauté flamande à M Leuven
Constantin Meunier est surtout connu en tant que sculpteur, mais il peignait aussi. Ce portrait sobre de Madame Tiberghien est l’une de ses œuvres les plus remarquables. Pour les vêtements, le divan aux coussins orientaux et l’arrière-plan, il a principalement utilisé des bruns et des ocres, caractéristiques de sa peinture à cette époque.
Jusqu’à récemment, nous ne connaissions cette dame de la bourgeoisie bruxelloise que sous le nom de son mari. Des recherches généalogiques menées à l’occasion de la Collection de M ont révélé qu’il s’agissait d’Hélène Lemmens. Elle épousa Lucien Tiberghien (1850-1930), un médecin de Saint-Josse-ten-Noode en 1881.
M Leuven s’efforce de mettre en lumière l’identité des femmes présentes dans la collection, qu’il s’agisse des artistes, des donatrices ou des modèles figurant sur les œuvres. Les titres des œuvres sont également soumis à un regard critique. L’exemple le plus frappant dans cette galerie de portraits est Sakala et Jeanne De Raedt de Gustave Vanaise. Au lieu du mot dénigrant en n qui figurait dans l’ancien titre, le personnage principal (un prince congolais « emmené » en Belgique lors d’une expédition) a retrouvé son nom, son identité et sa dignité.

Constantin Meunier (1831-1905), ‘Madame Tiberghien’, Hélène Lemmens (1858-1951), ca. 1884 1900, olieverf op doek, collectie Vlaamse Gemeenschap bij M Leuven, bron: artinflanders.be, foto: Dominique Provost
RICHARD VAN BLEECK (1669/70-1748)
Poète William Congreve (1670-1729), vers 1715, Collection M Leuven
William Congreve était un dramaturge et poète anglais populaire, dont les pièces humoristiques et satiriques ont connu un grand succès à la fin du XVIIe siècle. Une phrase tirée de la pièce The Mourning Bride (1697) est encore souvent citée en anglais de nos jours : « hell hath no fury like a woman scorned », traduit librement : « L’enfer n’a de fureur égale à celle d’une femme dédaignée. » Après 1700, Congreve abandonna le théâtre et se consacra principalement à l’écriture de poèmes. Mais, sa santé se détériora et il devint progressivement aveugle à cause d’une cataracte.
Ce portrait montre Congreve en écrivain aveugle, les yeux fermés. Le livre qu’il tient entre les mains, The Provoked Wife, est une comédie de Sir John Vanbrugh (1664-1726), architecte du célèbre palais de Blenheim et ami proche. Congreve est enterré dans le Poets’ Corner de l’abbaye de Westminster, où plus de cent écrivains et poètes ont leur tombe ou leur monument commémoratif.

KAREL HENDRIK GEERTS (1807-1855)
Henri Joseph Rega (1690-1754), vers 1849-1852, Collection M Leuven
Henri Joseph Rega était un médecin, qui vivait à Louvain au XVIIIe siècle et y enseignait à l’université, entre autres, la chimie, l’anatomie et la médecine. Élu recteur à plusieurs reprises, il fut étroitement associé à la création du théâtre anatomique, du jardin botanique et de la première bibliothèque universitaire dans l’ancienne halle aux draps de la rue de Namur (Naamsestraat). Il était aussi le médecin traitant de l’archiduchesse Marie-Élisabeth d’Autriche (1680-1741). En guise de remerciement, elle lui a offert une médaille en or sertie de diamants, qu’il arbore fièrement sur sa toge. Vous pouvez l’admirer de près dans la présentation de la collection. Les nombreux mérites de Rega lui ont valu de donner son nom à une rue de Louvain et d’avoir une statue sur la façade de l’hôtel de ville médiéval.
Vers 1849-1852, le sculpteur Karel Hendrik Geerts a réalisé quatre statues en pierre représentant des personnages historiques pour la façade de l’hôtel de ville, dont celle de Rega. Il vivait et travaillait alors dans le bâtiment qui allait devenir la maison Vanderkelen-Mertens. C’est grâce à la famille Vanderkelen que les modèles en plâtre des quatre statues ont atterri au musée.

Karel Hendrik Geerts (1807-1855), Henri Joseph Rega (1690-1754), ca. 1850, collectie M Leuven, bron: artinflanders.be, foto: Dominique Provost
Johann Christoph Kemnitz, Penning met Aartshertogin Maria-Elisabeth van Oostenrijk (1680-1741), 1741, collectie M Leuven, bron: artinflanders.be, foto: Cedric Verhelst

© Elias Derboven voor M Leuven