Mais comment fait-on une exposition?
“Par le passé, nous avions une exposition permanente, mais cela fait des années que nous y avons renoncé. Nous nous sommes dits que nos collections renfermaient tant d’histoires que ce serait vraiment dommage de ne pas les raconter. Alors, organisons des expositions changeantes, thématiques, et appelons-les présentations de collections. ‘Bewogen’ en est un bel exemple.”
Première étape : le concept
“Ca commence toujours par un remue-méninges. Nous réfléchissons à un nouveau sujet en impliquant un groupe de collègues : des spécialistes de nos collections, les collègues en charge des relations publiques, des spécialistes en matière d’art ancien ou d’art moderne,… C’est une façon de travailler assez inhabituelle. D’ordinaire, c’est le commissaire d‘exposition qui propose le sujet, généralement en se basant sur une recherche scientifique. Des questions comme « Comment faire pour attirer le grand public? » ne serons posées que plus tard. Au musée M, nous voulons que toutes les sections soient impliquées dès le début dans notre réflexion.’’
“L'idée de ‘Bewogen’ est née au sein d'un des ces groupes conceptuels. Nos collections renferment un important patrimoine religieux. Nous le conservons bien entendu dans les meilleures conditions, et faisons en sorte qu’il soit le moins possible manipulé. Mais, pour dire vrai, ces objets ont été conçus pour être utilisés. Ils servaient dans le cadre de la liturgie, étaient montrés lors de processions, les statues de saints devaient être habillées ou déshabillées à dates fixes, etc. Un bel exemple nous est donné par cet Enfant-Jésus du 15ème en provenance du Grand béguinage. Il disposait d’une riche garde-robe et était décoré de bagues, chaînes et couronnes . Durant la période entre Noël et la Chandeleur, la statue était déposée sur l’autel, couchée dans un berceau de Noël richement décoré, étreinte, embrassée, baignée et bercée - tout comme un vrai petit enfant.’’
“Ce contraste entre la fonction d’usage qu’avaient jadis ces objets et leur statut actuel d’objet muséal nous a paru intéressant. Ne serait-ce parce les gens d’aujourd’hui n’on plus la familiarité de jadis avec les coutumes et rituels. C’est cette constatation qui a été le point de départ de cette exposition.’’
“Mon travail en tant que responsable de projet consiste à accompagner tout le processus qui sous-tend l’exposition, de la conception à la réalisation. Et c’est coiffée de mon autre casquette -celle de cheffe du service Expositions- que j’aborde le tableau d’ensemble: comment insérer cette exposition dans notre calendrier, de quelles salles pourrais-je disposer et à quel moment, y aura-t-il suffisamment de personnel disponible et un budget suffisant…?’’
“Une fois le sujet de l’exposition retenu, nous passons à la sélection des objets. Le commissaire d’exposition établit une première liste qui sera progressivement élaguée. Il y a toute une série de choses dont nous devons tenir compte : les objets sont-ils en état d’être exposés tels quels où doivent-ils être rafraîchis voire restaurés, peuvent-ils supporter une exposition à la lumière de longue durée, etc.?’’
Stap 2 – de scenografie
“Nous avons un concept pour ce qui est de l'exposition, nous savons ce que nous souhaitons montrer, nous savons quels sont les objets qui vont ensemble et nous savons quelles sont les salles que nous allons utiliser. L’étape suivante est donc celle-ci : comment allons-nous répartir tout cela dans l’espace?’’
C’est à ce stade que le musée constitue une équipe de projet: commissaire d’exposition, direction de projet, contact avec le public, communication et production. Cette équipe rédige une description de tâche et la transmet au scénographe. Il s’agit généralement d’un architecte. Ce dernier conçoit les plans, l’équipe de projet fait connaître sa réaction et les plans sont alors adaptés jusqu’au moment où tout le monde est satisfait. Lors de la présentation de collections, nous réalisons généralement la scénographie en interne, mais pour Bewogen nous avons fait appel à un architecte avec qui nous collaborons régulièrement, Bram Denkens.”
“Le scénographe tient également compte du plan élaboré entretemps par le service relations publiques : comment amener le public à s’intéresser à cette exposition, comment l’impliquer, comment faire en sorte que le message passe… On a tendance à surestimer ce que quelqu’un est capable d’absorber lors de la visite d’une exposition. Le visiteur se retrouve bombardé de noms, de faits et d’informations. On n’est bien sûr pas obligé de tout retenir, mais en tant qu’organisateurs nous aimerions bien que le message passe. C’est pourquoi il est très important de pouvoir résumer ce dernier en une ou deux phrases. Tous les autres efforts visent à justement transmettre ce message : la sélection des pièces exposées, la scénographie, les textes dans les salles,…. Dans le cas de Bewogen, le message est le suivant: ces objets ont été à l’origine conçus pour être utilisés lors de rituels religieux et pas pour être mis en vitrine. C’est ce rôle oublié que vous voulons ressusciter pour nos visiteurs.’’
Etape 3 : L’installation
“M peut compter sur un groupe stable de collaborateurs extérieurs qui se chargent de réaliser la scénographie. Ils fabriquent le mobilier et aménagent les salles. Chaque exposition nous voit transformer nos espaces: nous isolons certaines parties, nous déplaçons l’entrée de la salle, nous plaçons des cloisons provisoires, etc. Ceci explique pourquoi certaines personnes sont un peu perdues lorsqu’elles visitent M. On les entend dire :’'Mais comment donc? Il n’y avait pas un mur ici la fois dernière?’’ (rit).
“Une fois que tout est prêt, il est temps d’installer l’exposition. C’est une tâche qui relève des art handlers, des manutentionnaires spécialisés dans la manipulation des oeuvres d’art. Ils s’occupent de faire en sorte que les pièces soient installées en toute sécurité au bon endroit. Ils peuvent compter sur l’aide du gestionnaire de dépot et, le cas échéant, sur celle de restaurateurs extérieurs. Si les objets ne peuvent tenir en place tout seuls ou ne peuvent être fixés aux murs, les manutentionnaires doivent leur trouver un support adéquat. c’est ce qu'on appelle le soclage. Dans le cadre de Bewogen, nous allons par exemple exposer un baldaquin en damas qui était tendu au-dessus de l’ostensoir lors de processions. Nous ne possédons plus la structure porteuse du baldaquin, mais ceci a pu être compensé par le recours au soclage, grâce à quoi nous pouvons donner au visiteur une idée de la façon dont se présentait cet objet à l’origine.’’
“Une fois les objets installés, restent encore les textes muraux et les étiquettes, et enfin la toute dernière étape: l’éclairage. Ici, nous travaillons avec une entreprise spécialisée en la matière. Nous leur transmettons un plan de la scénographie et c’est alors à eux de voir ce qu’il convient de faire pour mettre le mieux possible les oeuvres en valeur. Cela se fait en concertation avec les commissaires d’exposition, car l’éclairage est vraiment déterminant pour ce qui est d’instaurer une ambiance dans une salle. Il y a une grande différence entre un éclairage dramatique et un autre plutôt sobre.’’
“Quand on allume l’éclairage pour la première fois, ça a vraiment quelque chose de magique. C'est à ce moment-là que l’exposition prend vie. Dans le cas de Bewogen, nous utilisons une lumière rasante venant de derrière des rideaux translucides. Cela vise à imiter la façon dont la lumière pénètre dans une église par les vitraux. C’est encore un élément qui renforce le message que veut transmettre l’exposition.’’
‘’La période d’installation est toujours très chargée. C’est aussi le seul moment où nous ne nous occupons que d'une seule exposition. Ici au musée, nous avons de nombreux projets qui se déroulent en même temps. Dans le cas de projets impliquant des prêts importants, nous nous y prenons déjà cinq ans à l’avance, et dans le cas d'une présentation de collection nous prévoyons deux ans. On se retrouve donc toujours avec un projet en phase de conception, un autre en phase de scénographie et un troisième en phase de production. Mon travail consiste, entre autres choses, à tout planifier de façon à pouvoir respecter toutes les dates butoirs.’’
“Par le passé les choses étaient souvent assez agitées juste avant l’ouverture d'une exposition, mais maintenant nous tentons d’éviter autant que possible de travailler le soir ou le week-end. Comme ce sont des objets très précieux qui passent par nos mains, il nous éviter à tout prix que l’équipe soit épuisée. Un bon planning devrait permettre d'éviter ces moments de surcharge.’’
Etape 4: Ouverture des portes
“Une fois l’exposition lancée, nous procédons toujours nous-mêmes à une évaluation et interrogeons les visiteurs pour qu'ils nous fassent part de leur expérience. C’est particulièrement important dans le cas des présentations de collection. Nous constituons des groupes-cibles qui nous communiquent ce qu’ils pensent de la lisibilité des étiquettes, du sujet de l’exposition - bref, on couvre ici toute la gamme des expériences éprouvées par les visiteurs. Nous tiendrons compte de ces réactions pour nos expositions futures.’’
Etape 5 : Démontage
“L’équipe extérieure qui a monté l’exposition démonte à présent le tout. Les vitrines sont souvent réalisées sur mesure, mais nous essayons de réutiliser le plus de matériel possible. A titre d'exemple, nous allons employer pour 'Bewogen' des vitrines utilisées depuis 2016 déjà. Nous réutilisons également les tentures, le bois des parois, etc. L’idée est de jeter le moins possible. Le démontage est très rapide : une semaine pour ôter les oeuvres exposées, une autre pour démanteler le décor. Et après, on recommence à zéro.’’
