Vingt ans de Playground

Playground

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025, photo: Sid Dankers

Vingt ans de Playground

Deux décennies d'expérimentation et de présentation

En 2007, le centre des arts STUK lance Playground, en vue de prendre le pouls de la scène artistique à la croisée des arts plastiques et des arts du spectacle vivant, afin que des artistes et des projets de ces disciplines se rencontrent en direct et en public. Depuis, STUK et M Leuven collaborent étroitement chaque année à l’organisation de ce festival qui célèbre cette année sa 20e édition. Playground explore différentes formes de spectacle vivant et interroge la présence et le rôle du corps humain en regard des objets d’art. Ces dernières années, le festival s’est imposé comme une référence incontournable dans le paysage de la performance. Quatre jours durant, au STUK et à M, les visiteur·euses peuvent s’inspirer de projets et de rencontres qui remettent en question les notions classiques de ce que peut signifier l’art.

Playground

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025, photo: Sid Dankers

En tant que spectateur, comment avez-vous vu Playground évoluer au fil des ans ?

« Lors de mes premières visites à Playground, le festival était présenté comme un lieu de rencontre entre les arts de la scène et les arts plastiques. Au fil des années, la distinction nette entre ces deux domaines s’est de plus en plus estompée à mes yeux. Des pratiques qui ne sont plus purement plastiques ou théâtrales, mais qui relèvent essentiellement de la performance les ont remplacées. Je trouve que concevoir la performance comme une combinaison du théâtre et des arts plastiques est une idée de plus en plus dépassée. Les performances que j’ai vues ces dernières années à Playground renforcent ce sentiment. »


Playground accueille les écoles avec une offre sur mesure, comme des rencontres avec des artistes ou des curateur·rices. Quelle est la valeur ajoutée de ces rencontres pour vos étudiants ?

« La rencontre avec des artistes est extrêmement précieuse pour les étudiants. Elle leur permet non seulement d’en apprendre davantage sur le sens et le contexte de l’œuvre, mais aussi sur le processus de création. Pour des artistes en début de carrière, il est très important de découvrir de quelle manière une œuvre a vu le jour, tant sur le plan conceptuel que pratique. Nous privilégions les discussions avec de jeunes créateur·rices. Il me paraît important que les étudiant·es entendent les témoignages de créateur·rices dont ils et elles se sentent encore proches en termes d’âge et d’expérience. »

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025

‘Mountain’, Orla Barry, 2012

‘Mountain’, Orla Barry, 2012

Orla Barry - Artiste

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Playground ?

« En 2005, j’ai travaillé avec la commissaire Eva Wittocx pour mon exposition individuelle Portable Stones au S.M.A.K. à Gand. J’y présentais des œuvres vidéo et des installations sonores, ce qui fut l’occasion d’évoquer le potentiel performatif ou narratif dans mon travail. En 2008, alors qu’Eva travaillait entre-temps comme programmatrice au STUK, elle m’a invitée à Playground, où, dans le cadre d’une résidence, j’ai eu le temps, la latitude et les moyens d’explorer cette piste. Depuis lors, la performance est devenue un élément essentiel de mon œuvre. »


Que signifie pour vous votre participation régulière à Playground, que ce soit en tant que visiteuse ou en tant qu’artiste ?

« Le soutien de Playground m’a permis de développer au fil des ans mon intérêt et mes compétences en matière de performance dans un environnement interdisciplinaire et favorable. Cela m’a aussi aidée à établir un réseau de partenaires internationaux. Qui plus est, Playground a permis à d’autres commissaires de porter leur attention sur mon travail. C’est ainsi que ma première production a pu être présentée à la Tate Modern à Londres. Ensuite, j’ai présenté d’autres performances à Dublin, à Paris, à Amsterdam et dans divers autres lieux. »

Comment Playground a-t-il influencé votre travail ?

« Playground m’a permis de faire mes premiers pas dans le domaine de la performance. Ma participation à différentes éditions du festival a entraîné une évolution de mon travail, tant sur le fond que sur la forme. Cela a donné lieu à une série d’œuvres : à commencer par The Scavengers Daughters, suivie de MOUNTAIN et de Breaking Rainbows, jusqu’à Spin Spin Scheherazade. Au départ, les spectacles s’inspiraient d’un récit écrit, souvent fictif, intégré dans une scénographie visuelle. Peu à peu, l’accent s’est déplacé vers une approche plus collective du travail, dans laquelle

les performeur·euses se sont vu confier un rôle actif dans le processus de création. Sur le plan formel, le hasard et l’imprévisibilité ont été davantage mis en avant dans les performances. Sur le fond, mon travail est aussi devenu plus autobiographique. Et ma recherche sur les frontières entre fiction et réalité a pris plus d’importance. C’est également à Playground que je dois ma rencontre avec la danseuse Einat Tuchman. Son expertise en matière de mouvement, de présence scénique et de performativité a profondément influencé MOUNTAIN. Depuis, cela fait plus de quinze ans que nous travaillons ensemble. »


Avez-vous un conseil ou une suggestion pour le festival ?

« Il est très rare que la performance soit soutenue et présentée de cette manière dans le champ des arts visuels, alors surtout : continuez comme ça ! Je trouve extraordinaire de voir qu’au fil des vingt dernières éditions de Playground, des artistes reviennent avec de nouvelles œuvres, ce qui permet de suivre les prochaines étapes de leur parcours. C’est justement cette combinaison de nouvelles voix et de projets expérimentaux, associée à un engagement continu envers des artistes récurrent·es à l’affiche, que je trouve particulièrement forte. »

‘Spin, spin, Scheherazade’, Orla Barry, 2019

‘Spin, spin, Scheherazade’, Orla Barry, 2019

Festival Playground

19/11/26 - 22/11/26

 

Cette année, M présente de nouvelles productions et des interventions existantes adaptées sur mesure au musée, avec des œuvres de Mirte Bogaert & Ive Stevenheydens, Evelien Cammaert, Kexin Hao, Hedwig Houben, Tarik Kiswanson, Izidora | LETHE, Nefeli Papadimouli et Ula Sickle. Au STUK, vous pourrez assister aux spectacles de Tilhenn Klapper, Diane Mahín, Ferre Marnef ainsi qu’à l’atelier animé par Nick Steur.