Vingt ans de Playground

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025, photo: Sid Dankers
Vingt ans de Playground
Deux décennies d'expérimentation et de présentation
En 2007, le centre des arts STUK lance Playground, en vue de prendre le pouls de la scène artistique à la croisée des arts plastiques et des arts du spectacle vivant, afin que des artistes et des projets de ces disciplines se rencontrent en direct et en public. Depuis, STUK et M Leuven collaborent étroitement chaque année à l’organisation de ce festival qui célèbre cette année sa 20e édition. Playground explore différentes formes de spectacle vivant et interroge la présence et le rôle du corps humain en regard des objets d’art. Ces dernières années, le festival s’est imposé comme une référence incontournable dans le paysage de la performance. Quatre jours durant, au STUK et à M, les visiteur·euses peuvent s’inspirer de projets et de rencontres qui remettent en question les notions classiques de ce que peut signifier l’art.

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025, photo: Sid Dankers
En 2026, M Leuven et STUK proposent à nouveau un programme varié, avec des talents émergents, de nouvelles productions et des artistes dont nous suivons et soutenons le parcours depuis un certain temps déjà. À l’affiche : des installations permanentes ou de brèves interventions en direct dans les différents espaces muséaux de M Leuven. La force de cette programmation réside dans l’invitation faite aux créateur·rices et aux visiteur·euses – qu’ils ou elles soient étudiant·es en art, professionnel·les du secteur ou amateur·rices en quête de nouvelles expériences – à faire preuve d’ouverture d’esprit et à remettre en question leurs convictions bien établies.
Entre-temps, le festival a constitué une communauté d’artistes, d’écoles et de formations d’art et d’aficionados qui répondent invariablement présents à Playground, comme Feiko Beckers. Pour cet artiste et professeur de performance et d’arts libres à la Hogeschool Gent, une visite à Playground fait partie intégrante du programme de formation depuis des années. L’artiste Orla Barry a, quant à elle, participé à Playground en 2008, en 2012 et en 2019. Elle appartient aux voix récurrentes dont M Leuven suit le parcours et a déjà présenté plusieurs projets à M Leuven et au STUK. Des œuvres plastiques de sa main ont intégré la « Collection de M ». Voici le regard que chacun d’eux porte sur le festival.




Feiko Beckers - Professeur à la Hogeschool Gent
Vous souvenez-vous de votre première visite à Playground ?
« C’était en 2017, lors de la création du département de performance au KASK. Nous avons aussitôt estimé qu’une visite à Playground était incontournable pour nos étudiant·es. »
Que signifie pour vous, en tant que professeur, et pour vos étudiants, le fait d’assister à une grande partie du programme de Playground ?
« Une visite à Playground me rappelle toujours à quel point la performance est une discipline incroyablement polyvalente et combien de formes différentes elle peut revêtir. Pour mes étudiant·es, c’est parfois déroutant. Ils et elles pensent pouvoir trouver une définition de la performance à Playground, mais y découvrent au contraire la multitude de pratiques diverses et variées que regroupe le dénominateur de “performance”. J’espère qu’après une visite à Playground, mes étudiant·es prendront conscience de la marge de manœuvre et de la liberté dont ils et elles disposent pour créer des performances. »
Avez-vous un souvenir particulier lié à l’une des éditions de Playground ?
« En novembre dernier, au cours d’un entretien avec Zhana Ivanova au sujet de sa performance Imaginary Magnitudes, j’ai vu les étudiant·es devenir de plus en plus agité·es. Non pas qu’ils et elles en avaient assez de la discussion, mais ils avaient surtout envie de bouger. Alors que Zhana
expliquait de quelle manière elle travaille avec les performeur·euses, les étudiant·es ont ressenti le désir de participer eux-mêmes à sa performance. Cet entretien a non seulement inspiré mes étudiant·es, mais les a aussi mobilisés. »
En tant que spectateur, comment avez-vous vu Playground évoluer au fil des ans ?
« Lors de mes premières visites à Playground, le festival était présenté comme un lieu de rencontre entre les arts de la scène et les arts plastiques. Au fil des années, la distinction nette entre ces deux domaines s’est de plus en plus estompée à mes yeux. Des pratiques qui ne sont plus purement plastiques ou théâtrales, mais qui relèvent essentiellement de la performance les ont remplacées. Je trouve que concevoir la performance comme une combinaison du théâtre et des arts plastiques est une idée de plus en plus dépassée. Les performances que j’ai vues ces dernières années à Playground renforcent ce sentiment. »
Playground accueille les écoles avec une offre sur mesure, comme des rencontres avec des artistes ou des curateur·rices. Quelle est la valeur ajoutée de ces rencontres pour vos étudiants ?
« La rencontre avec des artistes est extrêmement précieuse pour les étudiants. Elle leur permet non seulement d’en apprendre davantage sur le sens et le contexte de l’œuvre, mais aussi sur le processus de création. Pour des artistes en début de carrière, il est très important de découvrir de quelle manière une œuvre a vu le jour, tant sur le plan conceptuel que pratique. Nous privilégions les discussions avec de jeunes créateur·rices. Il me paraît important que les étudiant·es entendent les témoignages de créateur·rices dont ils et elles se sentent encore proches en termes d’âge et d’expérience. »

‘Falling Reversely’, Isaac Chong Wai, 2025

‘Mountain’, Orla Barry, 2012
Orla Barry - Artiste
Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Playground ?
« En 2005, j’ai travaillé avec la commissaire Eva Wittocx pour mon exposition individuelle Portable Stones au S.M.A.K. à Gand. J’y présentais des œuvres vidéo et des installations sonores, ce qui fut l’occasion d’évoquer le potentiel performatif ou narratif dans mon travail. En 2008, alors qu’Eva travaillait entre-temps comme programmatrice au STUK, elle m’a invitée à Playground, où, dans le cadre d’une résidence, j’ai eu le temps, la latitude et les moyens d’explorer cette piste. Depuis lors, la performance est devenue un élément essentiel de mon œuvre. »
Que signifie pour vous votre participation régulière à Playground, que ce soit en tant que visiteuse ou en tant qu’artiste ?
« Le soutien de Playground m’a permis de développer au fil des ans mon intérêt et mes compétences en matière de performance dans un environnement interdisciplinaire et favorable. Cela m’a aussi aidée à établir un réseau de partenaires internationaux. Qui plus est, Playground a permis à d’autres commissaires de porter leur attention sur mon travail. C’est ainsi que ma première production a pu être présentée à la Tate Modern à Londres. Ensuite, j’ai présenté d’autres performances à Dublin, à Paris, à Amsterdam et dans divers autres lieux. »
Comment Playground a-t-il influencé votre travail ?
« Playground m’a permis de faire mes premiers pas dans le domaine de la performance. Ma participation à différentes éditions du festival a entraîné une évolution de mon travail, tant sur le fond que sur la forme. Cela a donné lieu à une série d’œuvres : à commencer par The Scavengers Daughters, suivie de MOUNTAIN et de Breaking Rainbows, jusqu’à Spin Spin Scheherazade. Au départ, les spectacles s’inspiraient d’un récit écrit, souvent fictif, intégré dans une scénographie visuelle. Peu à peu, l’accent s’est déplacé vers une approche plus collective du travail, dans laquelle
les performeur·euses se sont vu confier un rôle actif dans le processus de création. Sur le plan formel, le hasard et l’imprévisibilité ont été davantage mis en avant dans les performances. Sur le fond, mon travail est aussi devenu plus autobiographique. Et ma recherche sur les frontières entre fiction et réalité a pris plus d’importance. C’est également à Playground que je dois ma rencontre avec la danseuse Einat Tuchman. Son expertise en matière de mouvement, de présence scénique et de performativité a profondément influencé MOUNTAIN. Depuis, cela fait plus de quinze ans que nous travaillons ensemble. »
Avez-vous un conseil ou une suggestion pour le festival ?
« Il est très rare que la performance soit soutenue et présentée de cette manière dans le champ des arts visuels, alors surtout : continuez comme ça ! Je trouve extraordinaire de voir qu’au fil des vingt dernières éditions de Playground, des artistes reviennent avec de nouvelles œuvres, ce qui permet de suivre les prochaines étapes de leur parcours. C’est justement cette combinaison de nouvelles voix et de projets expérimentaux, associée à un engagement continu envers des artistes récurrent·es à l’affiche, que je trouve particulièrement forte. »

‘Spin, spin, Scheherazade’, Orla Barry, 2019
Festival Playground
19/11/26 - 22/11/26
Cette année, M présente de nouvelles productions et des interventions existantes adaptées sur mesure au musée, avec des œuvres de Mirte Bogaert & Ive Stevenheydens, Evelien Cammaert, Kexin Hao, Hedwig Houben, Tarik Kiswanson, Izidora | LETHE, Nefeli Papadimouli et Ula Sickle. Au STUK, vous pourrez assister aux spectacles de Tilhenn Klapper, Diane Mahín, Ferre Marnef ainsi qu’à l’atelier animé par Nick Steur.