Que se passe-t-il lorsque le patrimoine du Maroc disparaît à l’étranger ? Et lorsqu’il s’efface des mémoires dans le pays d’origine ? La réponse de l’artiste franco-marocaine Yto Barrada (°1971, France) est d’une rafraîchissante limpidité : lorsque le passé menace de disparaître, souvent, on s’en recrée un, tout simplement. Cette exposition montre la grande diversité de l’œuvre d’Yto Barrada. Au-delà de son intérêt pour les fossiles, la tradition et l’authenticité, d’autres éléments jouent également un rôle principal.
Rien n'est ce qu'il semble être
Au Maroc, la région entre la chaîne de l’Atlas et le Sahara a été baptisée la "Route des Dinosaures". Jadis, on y trouvait à profusion des fossiles et de gigantesques squelettes de dinosaures, jusqu’à ce qu’ils disparaissent du Maroc. Aujourd’hui, la région connaît un commerce florissant alimenté par les fouilles, la falsification et la vente de fossiles. Dans son travail, Yto Barrada s’intéresse à la fois aux fossiles et aux artisans qui créent de nouvelles pièces pour les touristes. Dans son nouveau film Faux départ, elle se penche sur ce commerce de fossiles.
Clin d’œil à Hubert Lyautey
Au Musée M, Yto Barrada s’interroge sur la relation entre le Maroc et son passé (paléontologique). Elle présente notamment des photos de panneaux éducatifs montrant clairement les différentes strates et lignes de faille géologiques. On retrouve ces mêmes strates dans sa nouvelle installation Salon géologique. Les tapis et coussins recouverts de codes géologiques, qui font penser à un salon marocain, sont un clin d’œil à Hubert Lyautey (1854-1934). Ce général voulait faire renaître un Maroc "authentique" et "traditionnel" sous protectorat français.
Commissaires d’exposition: Stéphane Symons, Hilde Van Gelder, Eva Wittocx
Exposition du Musée M de Louvain en collaboration avec l’université KU Leuven dans le cadre d’Utopia, un projet à l’échelle de la ville.
L'exposition Yto Barrada était un projet double, en tandem avec l’exposition Tracing The Future.
Née en France en 1971, Yto Barrada a grandi à Tanger et à Paris, où elle a étudié l’histoire et les sciences politiques à la Sorbonne. Elle a poursuivi ses études à l’International Center of Photography à New York. Son œuvre a été montrée entre autres à The Power Plant à Toronto (2016), à Carré d’Art à Nîmes (2015), au Centre Pompidou de Paris (2014), au Museum of Modern Art de New York (2013), au San Francisco Museum of Modern Art de San Francisco (2012), à la Tate Modern de Londres (2011), et à la Haus der Kunst de Munich (2010). En 2007 et 2011, Yto Barrada a participé à la Biennale de Venise. Ces dernières années, l’artiste a remporté différents prix importants. Yto Barrada est représentée par la Pace Gallery de Londres, la Galerie Sfeir-Semler de Hamburg/Beirut et la Galerie Polaris à Paris.
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