Art et savoir: ou comment M collabore avec l'université KU Leuven

Portret van Luc Sels, rector bij KU Leuven, en Eva Wittocx, curator en afdelingshoofd hedendaagse kunst bij M

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Art et savoir

Ou comment M collabore avec l'université KU Leuven

Qu’il s’agisse de conseils pour des expositions ou d’espaces réservés aux étudiants, M collabore avec l’université KU Leuven dans divers domaines. Nous en avons parlé avec Luc Sels, recteur de l’université, et avec Eva Wittocx, commissaire d’expositions et directrice du département d’art contemporain à M.

Portret van Luc Sels, rector bij KU Leuven, en Eva Wittocx, curator en afdelingshoofd hedendaagse kunst bij M

© Aurélie Geurts voor M Leuven

L’accueil est cordial : le recteur et la commissaire se connaissent depuis longtemps.

Eva : « Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à la Biennale de Venise en 2017. Vous veniez d’être nommé recteur. »

 

Luc : « Oui, c’était en effet dans les premiers jours de mon mandat. À chaque voyage à l’étranger, j’essaie de prendre le temps de visiter un musée, de préférence seul, tôt le matin ou juste avant la fermeture, lorsqu’il y a peu de monde. Mais j’avoue que la Biennale fut une révélation. »

 

« Le pavillon belge de la Biennale était consacré à Dirk Braeckman, dont je suis fan. F.I.– I.G.-17, l’une de ses œuvres réalisées à l’occasion de la Biennale, est d’ailleurs accrochée dans mon bureau. Presque tout le monde pense qu’il s’agit d’une gravure en manière de crayon, mais c’est une photographie. »

 

« La photographie est mon premier amour, en tout cas dans le domaine de l’art (rires). Mon père était professeur de photographie à l’académie d’Aarschot. J’ai donc pour ainsi dire grandi dans sa chambre noire. Regarder une photographie, être absorbé par les détails, voilà qui m’inspire. Et dans les moments difficiles, et il y en a eu beaucoup au cours de ces sept années de mon rectorat, cela me donne une certaine tranquillité d’esprit. »

Portret van Luc Sels, rector bij KU Leuven, en Eva Wittocx, curator en afdelingshoofd hedendaagse kunst bij M

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Laboratoire

Abordons à présent la collaboration entre M et la KU Leuven. Elle recouvre un champ étonnamment vaste.

 

Eva : « Les étudiants peuvent venir étudier à M ou y effectuer un stage. Dans le cadre de la Nuit des musées, nous avons récemment formé des étudiants à faire des visites guidées du musée pour d’autres étudiants. Inversement, certains membres de notre personnel préparent un doctorat sous la direction d’un professeur de la KU Leuven. »

 

« Le musée lui-même est parfois un laboratoire pour des expériences scientifiques. C’est le cas des recherches sur l’oculométrie menées par le professeur Wagemans et son laboratoire de psychologie expérimentale. Les présentations de notre collection ont permis de tester de manière expérimentale la manière dont les gens regardent l’art. »

 

Luc : « L’université est aussi le partenaire scientifique de M pour les grandes expositions : Bouts, Imaginer l’univers, Arenberg… Nos collaborateurs offrent conseils et soutien – non seulement ceux des départements des Arts ou de l’Architecture, mais aussi ceux de notre Faculté des Sciences. Je reste parfois pantois du nombre de collaborations en cours. Le rectorat n’a pas besoin de donner de directives, elles se nouent spontanément. »

 

« Et puis il y a la politique d’admission. Avec la carte culturelle de la KU Leuven, nos étudiants et notre personnel ont un accès libre à M. Tout le monde n’en profite pas, mais on remarque que l’excellence scientifique et l’excellence artistique sont souvent proches l’une de l’autre. »

Année festive

Luc : « En 2025, nous célébrerons les 600 ans d’existence de la KU Leuven. À la fin de cette année, nous espérons ouvrir notre nouveau musée Vésale, dont M est un interlocuteur à part entière. Le musée a beaucoup à nous apprendre quant à la conservation de collections ou l’exposition d’œuvres précieuses. »

 

Eva : « Les deux musées ne se feront pas d’ombre, au contraire, ils se compléteront. M expose de l’art, tandis que le musée Vésale sera surtout axé sur la science, le corps et les soins. »

 

Luc : « Je ne veux pas encore en dire trop sur notre année festive, mais je peux d’ores et déjà annoncer que la relation entre l’art et la science sera le fil conducteur du programme. Nous travaillons à un parcours le long des œuvres d’art contemporaines permanentes de la ville. Au cours de l’année festive, nous étendrons ce parcours à de nouvelles œuvres avec la collaboration d’un commissaire invité. Récemment, nous avons déjà inauguré un magnifique totem de Jaume Plensa sur le site Hertogen. La sélection se fait en partie au sein du comité d’art contemporain de la KU Leuven, dont Eva est membre au nom de M. »

 

« M contribue aussi au rayonnement culturel de la ville. Pour attirer des professeur·es étranger·ères, l’offre culturelle est un facteur de poids : ils et elles ne s’intéressent pas seulement au statut de l’université, mais aussi à ce que la ville et la région ont à offrir. C’est aussi pour cela que M est important pour nous. »

Jaume Plensa, ‘The four elements’, 2024

Jaume Plensa, ‘The four elements’, 2024 © de kunstenaar, foto: KU Leuven, Rob Stevens

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M et la KU Leuven partagent en outre des valeurs communes.

 

Eva : « Nous vivons une époque où beaucoup de gens se méfient de ce qu’ils voient et entendent. À M, nous invitons nos visiteurs à porter un regard critique. Ainsi, dans chaque exposition et présentation de collection, nous établissons des liens entre l’art ancien et l’art contemporain afin de regarder des images anciennes à partir de thèmes actuels, et vice versa : donner un relief historique à ce qui se déroule aujourd’hui. »

 

Luc : « C’est précisément ce qui m’a fasciné dans l’exposition Bouts. Que nous donne à voir un artiste et que soustrait-il à notre regard ? Que dit une image sur les idées de l’époque à laquelle elle a été réalisée ? Cette exposition a montré de quelle manière on peut agencer une collection historique pour attiser la conscience. Ce qui me ramène à la parenté entre l’art et la science. Ils partent tous deux de la curiosité, de la persistance de la recherche, de l’ajustement constant de la vision. Chaque hypothèse peut être réfutée le lendemain. Il me semble que c’est aussi le cas dans l’art. »

 

Eva : « Tout à fait d’accord. Beaucoup de gens considèrent que la connaissance et l’art sont des mondes séparés. À Louvain, nous leur prouvons le contraire. »