En coulisses : le catalogue de la collection

Foto: Kimberley Dhollander (Evenbeeld) voor M Leuven
En coulisses : le catalogue de la collection
La mémoire du musée
Les conservateurs chargés des collections, Marnix Steenackers et Inge Cloetens, travaillent depuis 2024 à l’élaboration du catalogue en ligne des collections de M. Pas besoin de billet d’entrée : tout le monde peut y flâner librement, du chercheur universitaire aux curieux·ses accros au défilement.

Foto: Kimberley Dhollander (Evenbeeld) voor M Leuven
Le catalogue est un outil évolutif qui ne cesse de s'enrichir
Comment ça marche ?
La collection complète de M compte plus de 58 000 pièces. Nous ne disposons pas de suffisamment d’espace pour tout exposer. Ce que nous avons en revanche, c’est le catalogue en ligne de la collection, disponible en néerlandais, en français et en anglais. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le compteur affiche 1 611 pièces répertoriées, mais notre ambition est de rendre un jour l’intégralité de la collection accessible.
Chaque œuvre se voit attribuer un numéro d’objet et un emplacement, est mesurée et décrite en détail. Cela comprend, entre autres, le matériau, la technique, l’état, le ou les auteur·rices, la date, le titre, la provenance, les expositions et la documentation. Ce travail est souvent réalisé en collaboration avec des experts issus d’autres équipes. Vient ensuite la numérisation en haute résolution, qui s’accompagne d’une couche distincte de métadonnées, telles que les droits d’auteur, le statut des droits et la légende.

Foto: Kimberley Dhollander (Evenbeeld) voor M Leuven
Mais pourquoi tant d’efforts, au fond ?
L’archivage numérique sauve l’information de l’oubli : c’est la raison la plus évidente. Mais cela apporte en outre une dimension supplémentaire aux visiteur·euses dans la salle : celles et ceux qui parlent une autre langue, ou qui ont une vision ou une audition réduite, peuvent ainsi découvrir la collection sur leur smartphone.
Marnix : « Hors des murs du musée, les œuvres de la collection sont surtout accessibles sous forme numérique. Une reproduction numérique ne remplace pas l’œuvre physique, mais le catalogue de la collection peut donner accès à des informations qui ne sont pas toujours accessibles aux visiteur·euses dans la salle d’exposition, telles que la provenance et les expositions antérieures. »
Qui plus est, le catalogue de la collection est aussi un outil de travail académique, avec des numéros d’identification immuables (identifiants persistants) et des images IIIF en haute résolution. Par ailleurs, le catalogue est relié à WorldCat, le catalogue mondial des bibliothèques. Ainsi, une pièce provenant du dépôt de M Leuven se retrouve en lien avec des collections du monde entier.
Que sous-estime-t-on dans le processus d’archivage numérique ?
« Cela ne se limite pas à traiter des informations existantes », explique Marnix. « Ce serait sous-estimer l’importance du langage et des descriptions, leur influence sur les collections et leur étude. » Ainsi, le titre de chaque pièce de la collection doit être correct en trois langues, afin que l’œuvre soit repérable. Faut-il nommer une estampe d’après ce qu’elle représente, ou d’après ce qu’elle est : une gravure sur cuivre, un panorama, une publicité ? Ou une combinaison de tout cela ?
« Et puis il y a les questions relatives à la propriété intellectuelle », poursuit Marnix. « Qui détient les droits d’une œuvre, ou de ses images ? Y voir clair nécessite des recherches. »
Un travail jamais achevé
De nouvelles acquisitions s’ajoutent sans cesse et, dans les réserves, il y a toujours quelque chose qui attend d’être mis en ligne. Pourtant, cela ne ressemble pas à un travail de Sisyphe, car chaque jour est différent.
Inge : « Le catalogue est un outil vivant qui ne cesse de s’enrichir. Il évolue sans cesse, grâce à de nouvelles contributions ou à de nouvelles technologies. À l’avenir, nous espérons utiliser l’IA pour optimiser le processus de mise en ligne ou pour enrichir les données. Nous considérons en outre le catalogue comme une opportunité de dialogue. »
Ce n’est d’ailleurs pas une déclaration creuse. Des réactions sont déjà parvenues du grand public et d’universitaires, qui ont encouragé, complété ou corrigé le catalogue.
Chacun a ses préférences
Marnix espère pouvoir poursuivre rapidement l’inventaire de la collection de vêtements et de textiles. Mais lorsqu’on lui demande quelle a été sa découverte favorite au cours de cet inventaire, il répond : « Une série de cartes postales photographiques provenant du cabinet des estampes de M Leuven. Cette série montre la destruction de Louvain en 1914, immortalisée tant sur le plan journalistique qu’artistique par des photographes internationaux. Cela permet aussi de constater à quel point le cabinet des estampes de M Leuven est divers et varié et de situer le contexte global dans lequel il s’inscrit. »
Inge : « Récemment, je suis tombée sur un verre assez banal dans le dépôt. Il n’avait a priori rien de particulier, jusqu’à ce que j’aperçoive de petits trous sur les bords. Il s’est avéré qu’il s’agissait en fait d’un verre trompeur, utilisé pour des jeux de boisson ou jeux à boire. Si l’on portait le verre à la bouche du mauvais côté, celui avec les trous, toute la boisson se déversait sur le buveur. Avec le recul, cela peut sembler un peu naïf. Mais c’est tout simplement un formidable aperçu de la vie et des amusements d’antan. »
Et sans le catalogue, ce verre trompeur serait resté longtemps inaperçu dans le dépôt. Aujourd’hui, il a au moins fait sourire quelqu’un.

Foto: Kimberley Dhollander (Evenbeeld) voor M Leuven

Foto: Kimberley Dhollander (Evenbeeld) voor M Leuven
Les visages derrière le catalogue de la collection
Marnix et Inge ne sont bien sûr pas les seuls à s’occuper de ce travail de recensement. Ils sont aidés par des bénévoles, des étudiants et des stagiaires. Ils font également appel à des photographes professionnels pour réaliser des clichés de la collection et sont en concertation permanente avec leurs collègues de l’équipe des Collections.
Le catalogue est donc un ouvrage de référence avec un rythme cardiaque. Il repose sur la recherche et le dialogue et alimente à son tour de nouvelles discussions sur l’art et la culture matérielle. Ce que font Marnix et Inge peut sembler un travail invisible. Jusqu’à ce que quelqu’un, de l’autre côté de l’écran, trouve exactement ce qu’il ou elle cherche.

Wouter Van Vooren voor M Leuven