Comment relions-nous l'art et le public

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven © Aurélie Geurts voor M Leuven
La nouvelle présentation de la collection de M
Comment relions-nous l'art et le public
Sofie Vermeiren est à la tête de l’équipe Médiation vers le public, dont Wies De Vos fait également partie. Ensemble, ils ont contribué à l’élaboration de la présentation la Collection de M, du début à la fin. Cela signifie qu’ils ont participé aux premières discussions et ont préparé l’ensemble du dispositif d’une expérience interactive adaptée sur mesure aux différents publics. C’était nécessaire, car La Collection de M est vraiment une innovation.

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven © Aurélie Geurts voor M Leuven
Notre objectif est de permettre au public de regarder
Sofie : « M conserve une collection de 58 000 œuvres et objets d’art. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de tout exposer. C’est pourquoi nous alternons régulièrement la présentation de nos collections. Plus tôt cette année, nous avons remplacé les présentations en cours de la collection – pensez à En mouvement, Prenez votre temps et Tout pour la forme – par une grande présentation, la Collection de M. Celle-ci occupe tout le premier étage du musée ainsi que le rez-de-chaussée de la maison Vander Kelen-Mertens. Il s’agit donc d’une entreprise de grande envergure, mais nous sommes très satisfaits du résultat. »

Wouter Van Vooren voor M Leuven
Jésus et un dinosaure
Quelque 300 œuvres, du Moyen-Âge à nos jours, sont réunies dans cette nouvelle disposition. Sculpture, textile, vidéo et peinture ne sont que quelques-unes des disciplines présentées. La question est donc de savoir comment réunir le tout en un ensemble cohérent.
Wies : « Le fil conducteur de cette présentation est notre approche transhistorique : nous montrons côte à côte des œuvres séculaires et de l’art contemporain, sans craindre de les entremêler. Elles ne sont pas classées par ordre chronologique, mais regroupées par thème. Celui-ci est soit lié au contenu, soit à l’aspect visuel. »
Sofie : « Ce brassage d’art ancien et d’art récent est inscrit dans l’ADN de M. Les précédentes présentations des collections offraient déjà une telle mise en regard, mais cette fois, nous avons approfondi ce mode opératoire. »
« Parfois, nous avons réuni des œuvres de manière parfaitement intuitive, en raison d’un lien visuel évident. Pour d’autres combinaisons, le lien réside dans le contenu. Lorsqu’il est question de fugacité, par exemple, nous avons choisi de présenter un squelette peint par Walter Swennen à côté d’une série de natures mortes classiques. »
Wies : « Parfois, le lien est moins évident, plus dissimulé. Par exemple, Le Christ couronné d’épines de l’atelier de Dieric Bouts se trouve à côté d’un dinosaure peint par Michaël Van den Abeele. Une combinaison qui peut sembler aléatoire, mais qui ne l’est pas. Cette salle évoque la “représentation de concepts” et les deux peintres représentent quelque chose qu’ils n’ont jamais vu dans la vie réelle. »

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Aurélie Geurts voor M Leuven
Devenir artiste
Quel que soit le mode de présentation, 300 œuvres, c’est considérable. Comment transmettre quelque chose au public sans le noyer dans l’information ?
Wies : « Nous en savons tellement sur certaines de ces œuvres que nous pourrions écrire un livre à leur sujet. Mais cela n’avancerait en rien les visiteur·euses. Notre objectif est d’inviter les gens à regarder. Une grande partie des outils que nous proposons dans les espaces d’exposition sont axés sur cet objectif. »
« Dans l’une des salles, il y a une table à dessin avec des tablettes. Petits et grands peuvent y croquer leurs propres dessins en s’inspirant d’une pièce de la collection. Ce qui est bien, c’est qu’ensuite, le dessin disparaît. On ne laisse rien derrière soi, il s’agit juste d’une expérience vécue dans le moment présent, ce que je trouve très poétique. »
Sofie : « Nous avons en outre développé des plaques d’observation, des filtres en quelque sorte, qui offrent une nouvelle perspective sur une œuvre. Nous ne donnons aucune information en l’occurrence, mais nous invitons le visiteur ou la visiteuse à regarder l’œuvre différemment. »
Wies : « Lorsque nous transmettons quand même de l’information au public, nous ne le faisons pas toujours sur un cartel. Prenez, les panneaux d’albâtre du Retable de Sainte-Anne, un retable du XVIIe siècle provenant de l’église du prieuré des Célestins à Heverlee. Pour montrer d’où ils proviennent, un écran tactile présente une reconstitution en 3D de l’église disparue, qu’on peut ainsi découvrir de tous les points de vue. »
Technologie inclusive
Nous avons développé une nouvelle application pour la présentation de cette collection. L’audioguide est mort, vive la technologie !
Wies : « L’application transmet aussi de l’information audio, car nous savons que les gens apprécient ce média. Il s’agit presque d’un complément logique à l’observation. Mais l’audioguide classique a ses limites et l’application a l’avantage de permettre la combinaison de clips audio et d’éléments vidéo, de photos et de texte pour offrir une expérience stratifiée. Les visiteur·euses peuvent ainsi choisir le niveau jusqu’où ils et elles souhaitent pousser leur curiosité d’une œuvre. »
Sofie : « Nous travaillons sans relâche à l’accessibilité : comment faire en sorte que le plus grand nombre de personnes puissent utiliser avec fluidité ce que nous proposons ? Ainsi, nous avons lancé il y a quelques années des groupes de réflexion d’aveugles et de malvoyant·es. Nous les avons invité·es à formuler des recommandations pour l’application et celles-ci ont toutes été prises en compte dans le développement de l’application. »

© Aurélie Geurts voor M Leuven
Wies : « L’application comporte, par exemple, une description audio, une visite qui décrit une vingtaine d’œuvres de manière très concrète, presque physique : l’emplacement précis de l’œuvre dans l’espace, sa taille, les matériaux dont elle se compose, ce qu’elle représente… En écoutant, les visiteur·euses qui ne peuvent pas voir les œuvres pourront néanmoins vivre une véritable expérience muséale de la sorte. »
Sofie : « Par ailleurs, nous constatons que les outils créés pour un groupe cible spécifique sont souvent intéressants pour un public plus large. Lorsque nous proposons une description audio, les personnes qui voient parfaitement l’utilisent aussi, en tant qu’outil qui permet de regarder les choses de manière différente. »
Wies : « Ou la visite audio que nous avons développée avec Het Geluidshuis la maison du son pour l’exposition Bouts. Elle était destinée aux enfants, mais beaucoup d’adultes l’ont écoutée parce qu’elle était super bien conçue. »
Sofie : « Notre objectif est toujours d’amener le public à regarder différemment. Nous appelons cela de l’érudition visuelle, un terme un peu précieux. Mais en fait, nous essayons d’amener les visiteur·euses à réfléchir à ce qu’ils et elles voient, à ce qui manque et à ce qu’ils et elles pourraient combler. »

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Aurélie Geurts voor M Leuven

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Aurélie Geurts voor M Leuven

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven © Aurélie Geurts voor M Leuven

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Aurélie Geurts voor M Leuven

© Aurélie Geurts voor M Leuven

Wouter Van Vooren pour M Leuven