« De Kunstbrug » avec l'école Mater Dei
Le pont des arts

Zaalzicht 'Wael Shawky: Dry Culture Wet Culture', 2022, M Leuven © Andy Merregaert voor M Leuven
Est-ce que l'art peut aider les enfants à gagner en assurance ? Pour répondre à cette question, M et l'école louvaniste Mater Dei ont lancé en 2016 un projet commun intitulé « De Kunstbrug » ou « Le Pont des Arts ». Six ans après, l'école et le musée peuvent se réjouir d'une initiative réussie.

Zaalzicht 'Wael Shawky: Dry Culture Wet Culture', 2022, M Leuven © Andy Merregaert voor M Leuven
Sofie Vermeiren, chef du service de Médiation culturelle de M se souvient parfaitement des débuts du projet.
« Nous collaborions depuis quelque temps déjà avec Mater Dei, une école fondamentale sur la Sint-Jacobsplein, et nous nous demandions comment renforcer cette collaboration. Nous avons mis au point un projet commun, pour lequel nous avons fait une demande de subvention en 2015 et que nous avons pu lancer en 2016. La durée prévue était de cinq ans, mais en raison du Covid elle a été prolongée d'un an. »
« L'école Mater Dei, située dans un quartier haut en couleurs, est fréquentée par un public très divers comptant beaucoup de nouveaux arrivants parlant une foule de langues différentes… L'objectif principal de 'De Kunstbrug' était d'encourager l'intégration sociale des élèves. Pour cela, il faut les aider à acquérir une meilleure confiance en soi – les “autonomiser”, comme on dit. Nous sommes persuadés que l'art peut y contribuer. En regardant des œuvres et en pratiquant un activité artistique, on éveille son sens critique et sa pensée créative, on apprend à coopérer et à s'exprimer, on acquiert des compétences sociales… »
« Par ailleurs, nous voulions faire prendre conscience aux enseignants du rôle que l'art et la culture peuvent jouer dans leurs cours. Et nous tenions à associer l'environnement social des enfants au projet. Pour les parents de bon nombre de ces enfants, visiter un musée est un grand pas. “De Kunstbrug” a voulu abaisser le seuil. »
Un instrument pour l'acquisition du langage
« Mater Dei mise beaucoup sur la formation musicale, que l'école considère aussi comme un instrument favorisant l'acquisition du langage. Comme beaucoup d'élèves ne maîtrisent pas très bien le néerlandais, l'enseignement est très visuel, ce qui rejoint parfaitement ce que nous faisons ici, à M. Nous accordons une grande attention à l'éducation à l'image, la capacité à lire et interpréter le langage visuel. Cette approche partagée a abouti à une collaboration fructueuse. »
« Au sein de l'école, le moteur du projet était Conny Feyaerts, une enseignante de troisième primaire. Une journée par semaine, elle était exemptée de cours et travaillait à M, où elle visitait les expositions, collectait des informations et contribuait à l'élaboration d'une offre de visites scolaires. Ensuite elle transmettait ces informations à ses collègues, qui pouvaient ainsi visiter M avec leur classe en étant bien préparés. Détail important : l'ensemble de Mater Dei soutenait l'initiative, donc pas seulement Conny, mais aussi le reste du corps enseignant et la direction. Si toute l'école n'y croit pas, impossible de faire décoller une initiative d'une telle envergure. »

© Andy Merregaert voor M Leuven

Zaalzicht 'Wael Shawky: Dry Culture Wet Culture', 2022, M Leuven © Andy Merregaert voor M Leuven

Zaalzicht 'Tussen Hemel en Aarde - Beleef Het Laatste Avondmaal van Bouts', 2022, M Leuven © Andy Merregaert voor M Leuven
Photos souvenirs
« Le projet s'adressait à tous les élèves de l'école, mais un programme différent était élaboré pour chaque degré. Les élèves du premier degré participaient à des visites guidées interactives et des ateliers. Ils étaient initiés à l'art, apprenaient comment mieux regarder les images et pouvaient donner libre cours à leur créativité. Ils suivaient aussi une visite guidée dirigée par les élèves de sixième primaire. »
« Les enfants du deuxième degré travaillaient avec une artiste en résidence. Les deux premières années, il s'agissait de la photographe Evy Raes. Avec elle, ils ont réalisé des photos souvenirs. Un grand nombre de ces enfants n'ont que peu ou pas de photos chez eux, par exemple parce qu'ils ont dû fuir leur pays d'origine. Evy et Conny ont évoqué des souvenirs avec eux, les ont mis en scène et les ont photographiés. Le résultat était formidable. »
« Les deux années suivantes, la femme de théâtre Katrien Oosterlinck a proposé aux élèves des exercices de mouvement et de danse inspirés d'œuvres présentes à M. Comme ils étaient filmés, il a d'abord fallu qu'ils s'y habituent, mais après quelque temps ils étaient visiblement plus assurés. Ces activités ont aussi fait progresser leurs compétences linguistiques. »
« Le Covid a interrompu temporairement la collaboration, mais nous avons pu la relancer pour l'année scolaire 2021-2022 en organisant des ateliers d'art visuel et de musique avec le collectif d'artistes Bricol’art. »
« Les élèves du troisième degré ont pu suivre une formation de guide. À la fin ils ont dirigé une visite guidée du musée pour leurs parents, les collaborateurs du musée et les élèves du premier degré. Ils ont même reçu un diplôme de guide officiel des mains du directeur et de la présidente de M, remis lors d'une cérémonie solennelle. Ils n'en étaient pas peu fiers ! Certains ont même demandé s'ils pourront venir travailler à M plus tard, comme guide. Et je me souviens que lors d'une visite d'une école secondaire, l'un des élèves a affirmé à l'enseignant : “Moi aussi, je pourrais faire le guide ici, je l'ai d'ailleurs déjà fait.” Il venait donc clairement de Mater Dei (rires). »
Étude scientifique
« Curieux de savoir si l'effet de 'De Kunstbrug' correspondait effectivement à l'attente, nous avons chargé une chercheuse de l'UCLL d'y consacrer une étude entre 2016 et 2019. Ses conclusions ont été tout à fait encourageantes. Elle a constaté que les enfants étaient pleinement engagés dans le projet, que leur attitude envers l'art était favorable et que leur appréciation grandissait encore à mesure qu'ils revenaient plus souvent au musée. Un élève du premier degré a dit : “Chaque fois que j'y retourne, les tableaux me semblent plus beaux.” Des enfants des deuxième et troisième degrés ont affirmé que l'initiative leur avait donné plus d'assurance – ce qui était un objectif majeur. L'un d'eux l'a exprimé ainsi : “À M, on a l'impression de grandir un peu. D'être un chef. C'est la première fois que j'ai ressenti ça.” Espérons qu'ils conserveront pour le reste de leur vie ce sentiment de confiance en soi. »
Héritage
« L'initiative a pris fin, mais nous ne voulons pas que les connaissances acquises se perdent. Nous avons déjà compilé une publication et nous projetons la création d'un poster reprenant les mesures que peuvent prendre d'autres écoles et enseignants. Et nous avons réalisé un petit film dans lequel les élèves de Mater Dei ont la parole. Nous continuons d'ailleurs à entretenir des contacts étroits avec l'école. Un membre du personnel de M y passe trois fois par an pour présenter nos activités et pour écouter les idées et suggestions des enseignants. Pour moi, il s'agit là de l'un des plus beaux résultats de 'De Kunstbrug', que nous n'ayons pas seulement suscité l'engagement des élèves, mais aussi celui des enseignants. »
« Nous n'envisageons pas dans l'immédiat une collaboration similaire avec une autre école, mais nos expériences avec Mater Dei nous ont servi à peaufiner encore nos visites guidées scolaires – de cette façon les autres écoles en profitent aussi. Et qui sait, cela pourrait donner des idées à d'autres institutions louvanistes. La bibliothèque municipale ou le théâtre municipal, par exemple, pourrait à son tour lancer une telle initiative. Ce serait bien, que “De Kunstbrug” serve de source d'inspiration. »