Giambologna, un maître flamand en Italie

© Elias Derboven voor M Leuven | langdurige bruikleen: Fondation Jacquemart-André - Institut de France, Domaine de Chaalis, Fontaine-Chaalis
Un maître flamand en Italie
Giambologna
Cet automne, vous pourrez découvrir à M Leuven l’exposition Scultori Fiamminghi. Sculpteurs flamands en Italie, notre première exposition consacrée aux échanges artistiques entre l’Italie et les Pays-Bas historiques au XVIe siècle. Faites d’ores et déjà connaissance avec l’un des protagonistes : le Flamand Jean de Boulogne, alias Giambologna.

© Elias Derboven voor M Leuven | langdurige bruikleen: Fondation Jacquemart-André - Institut de France, Domaine de Chaalis, Fontaine-Chaalis
Douai, une petite ville du nord de la France, compte aujourd’hui quelque 40 000 habitants. Si on la visite sans connaître son histoire, on ne devine pas d’emblée qu’au XVIe siècle, elle fut l’une des villes les plus importantes du comté de Flandre – voire des Pays-Bas historiques. Après une longue série de guerres, elle fut finalement rattachée à la France en 1668.
Mais cet avenir est encore bien lointain lorsque Jean de Boulogne y voit le jour en 1529. De sa jeunesse, on ne sait pas grand-chose. C’est à l’âge de vingt ans qu’il fait surface à Mons, où il travaille pour Jacques Dubroeucq, artiste de la cour de l’empereur Charles Quint. En 1550, il se rend à Rome. Comme bon nombre de jeunes artistes à cette époque, il souhaite s’y perfectionner : s’inspirer des œuvres laissées par les sculpteurs antiques grecs et romains, et surtout par leur représentation virtuose du corps humain.
Dieu du commerce
À Rome, où il séjourne deux ans, on l’appelle Giambologna. Ensuite, il s’installe à Florence, où il entre quelques années plus tard au service de la riche et puissante famille de la ville, les Medici. Au Palazzo Vecchio, il dispose de son propre atelier, modeste, et de trois ou quatre apprentis. Vingt ans durant, il y réalise des œuvres très appréciées, comme la statue de Samson et les Philistins. Sa statue de Mercure, le dieu romain du commerce, est également un classique que vous avez certainement déjà vu sous l’une ou l’autre forme. Elle figure notamment dans le logo du Café Commerce à Louvain, situé à l’angle de la Hooverplein et de la Ladeuzeplein, à quelques centaines de mètres de M Leuven.
Comme un bloc
Giambologna s’impose peu à peu comme un sculpteur très estimé qui livre à chaque fois des œuvres d’une qualité exceptionnelle. Mais sa grande percée date de 1583 et de l’œuvre L’enlèvement des Sabines inaugurée sur la place centrale de Florence. Sur le plan esthétique, il s’agit d’un coup de maître : la première statue conçue de manière à pouvoir être vue sous tous les angles. Mais il s’agit tout autant d’une prouesse technique. Un siècle auparavant, Donatello (1386-1466) avait déjà réussi à tailler une figure dans un seul bloc de marbre – une première depuis l’Antiquité classique. Baccio Bandinelli (1488-1560) le surpassa en taillant deux figures dans un bloc. L’enlèvement des Sabines compte quant à elle trois figures, entrelacées de manière complexe qui plus est, et toutes sculptées dans un seul bloc de marbre.

© Adobe Stock, Giambologna, L’Enlèvement de la Sabine, 1583, Loggia dei Lanzi, Piazza della Signoria, Florence

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La nouvelle se répand comme une traînée de poudre à travers l’Europe, et l’on vient de loin à Florence pour rencontrer Giambologna. « Les meilleures gens nés au cours de ce siècle ont visité son atelier », écrit un contemporain. De jeunes artistes se bousculent pour devenir ses apprentis, pas seulement de toute l’Italie, mais de toute l’Europe, et en particulier des Pays-Bas. Florence devient ainsi une étape incontournable du voyage en Italie qu’effectuent les artistes d’Europe du Nord – et tous, même les plus renommés, se rendent à l’atelier de Giambologna, devenu une référence. Les plus grandes cours princières lui proposent d’entrer à leur service, mais il reste fidèle aux Médicis. Non sans quelques griefs de temps à autre, car il se trouve sous-payé. Il voit ses élèves se disperser et s’enrichir, écrit-il à ses patrons, alors que lui a du mal à joindre les deux bouts.
Meilleur que Michel-Ange ?
D’après des sources de l’époque, Giambologna s’affiche comme un perfectionniste, humble et travailleur – un bourreau de travail, dirions-nous aujourd’hui. Il ne considère pas ses élèves comme des valets, mais les appelle compagnons (compagni). Il vise toujours la plus haute qualité possible, et dans son atelier, chacun s’attelle à sa spécialité : réaliser des dessins, sculpter le marbre, travailler le bronze… Ainsi, tous acquièrent de l’expérience et s’améliorent en continu. Giambologna supervise l’ensemble du processus et se consacre surtout à la conception de modèles pour les sculptures – un aspect créatif très important. Il confie souvent la réalisation à ses compagni.
Le résultat : une profusion de sculptures de premier ordre, et un style devenu à sa mort, en 1608, la norme dans toute l’Europe. Plus de 150 ans plus tard, le peintre paysagiste et connaisseur d’art anglais Joshua Reynolds s’est demandé qui était le plus grand sculpteur de l’époque moderne : Michel-Ange ou Giambologna. La question en soi est provocatrice, mais sa réponse l’est encore plus. Selon lui, c’est Giambologna.

Fontana del Nettuno La fontaine de Neptune (1563-1566), Piazza Maggiore à Bologne par Giambologna © Didier Descouens

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