Histoires sans frontières

Histoires sans frontières : interview de Karen

Karen, deelneemster Grenzeloos Gastvrij

M Leuven

Dans la nouvelle présentation de la collection « Accueil sans frontières », une salle sera consacrée aux récits de quelques habitants de Louvain d’origines diverses. Parmi une sélection d’œuvres d’art, chacun a choisi celle qu’il considérait le plus en lien avec le thème de l’accueil. Pour Karen, c’est une œuvre de Jacques Lizène. 

Karen, deelneemster Grenzeloos Gastvrij

M Leuven

Pourquoi as-tu choisi cette œuvre ?

« En premier lieu, parce que j’ai étudié l’architecture d’intérieur, et notamment la fabrication de mobilier. C’est déjà un premier lien. Ensuite, je trouve simplement le principe très amusant: deux parties inégales qui, dans leur fonctionnement, forment un tout, se soutiennent mutuellement. Les différences entre les deux parties, tant au niveau de la forme que des couleurs, ont également un lien avec mon histoire personnelle. »

 

« Je viens d’Aruba. On y trouve un tel mélange de cultures que personne n’y fait attention aux différences de couleurs. J’ai du sang portugais, africain, néerlandais et indien. Et quand je regarde cette chaise, elle m’y fait penser. Chacun de nous, dans sa différence, appartient à un ensemble plus vaste qui est notre « humanité ». Nous fonctionnons tous de la même manière. »

 

« C’est pourquoi, pour moi, cette chaise est véritablement de l’art. Pas forcément pour son esthétique, mais pour le message qu’elle véhicule. Si vous proposez à quelqu’un de s’y asseoir, il vous dira probablement qu’elle est sale. Mais je vous assure qu’après avoir passé toute une journée à marcher dans la cambrousse, tout le monde serait content de s’y asseoir (rires). À ce moment-là, on ne raisonne plus en noir et blanc, mais en termes de fonctionnalité. »

 

Chacun de nous, dans sa différence, appartient à un ensemble plus vaste qui est notre « humanité »

Karen
Participante « Accueil sans frontières »

As-tu personnellement eu de mauvaises expériences de l’approche noir et blanc que tu évoques ?

« Personnellement, j’ai toujours été relativement épargnée, mais j’ai la peau plutôt claire. Dans le cadre de mes études, je devais un jour aller visiter un dancing avec quelques amis. J’y suis entrée, tout simplement, mais au bout d’un moment, j’ai remarqué que mes collègues étaient restés dehors, et je ne savais pas pourquoi. Il s’est avéré que le portier ne les laissait pas entrer, probablement parce qu’ils avaient une autre couleur de peau. Moi, avec ma peau plus claire, j’avais pu entrer sans problème, mais les autres n’étaient pas les bienvenus. Quand j’ai demandé au portier pourquoi il les empêchait d’entrer, il s’est borné à répondre: « parce que ». Ce fut pour moi comme un électrochoc. »

 

En arrivant d’Aruba, t’es-tu toujours sentie accueillie, d’abord aux Pays-Bas puis en Belgique ?

« Oui, oui, tout à fait. Après mes études secondaires, je suis arrivée aux Pays-Bas, où j’ai été très bien accueillie partout. Plus tard, à l’académie, je me suis retrouvée la seule fille dans une classe de 15 garçons, mais tout le monde a toujours été super gentil et accueillant. J’ai été vraiment bien reçue, même en dehors de l’école. »

 

« Mais tu sais ce qui compte beaucoup? C’est la langue. Quand on maîtrise une langue, l’intégration est beaucoup plus facile. Sans la langue, c’est difficile de communiquer avec les gens, et c’est essentiel! Quand on ne communique pas, on donne libre cours aux préjugés. Comme je parle quatre langues, j’ai toujours pu communiquer avec les gens. La langue d’Aruba est le papiamento, mais les habitants parlent espagnol avec les Sud-Américains, accueillent les Néerlandais en néerlandais, et communiquent en anglais avec les autres touristes. Tu vois? Ça aussi, c’est de l’accueil. »

 

Qu’as-tu pensé de l’initiative de M dans le cadre de l’accueil?

« J’ai trouvé cela super! Grâce à cette collaboration, j’ai rencontre toute une série de gens, avec leurs histoires personnelles et leurs récits. C’est comme ça que je me suis rendu compte que chacun a sa propre conception de l’accueil. Ce que l’un considère comme de l’accueil ne le sera peut-être pas du tout pour un autre. Ces différences se retrouvent également dans la présentation. »

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