Quel rôle un musée et son fonctionnement artistique peuvent-ils jouer dans la société ?

Peter Bary, directeur algemeen beheer van M, Sigrid Bosmans, directeur samenleving, Bert Cornillie, cultuurschepen en voorzitter, en Lore Boon, staf beleid en strategie de directie

Photo: Josefien Tondeleir pour M Leuven

Quel rôle un musée et son fonctionnement artistique peuvent-ils jouer dans la société ?

« Avoir un impact sur la société : tel est notre objectif »

Quel rôle un musée et son fonctionnement artistique peuvent-ils jouer dans la société ? M Leuven répond à cette question dans le nouvel accord de coopération et de gestion conclu avec la ville de Louvain. « En faisant partie du réseau urbain, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice d’une ville durable et inclusive. »

Peter Bary, directeur algemeen beheer van M, Sigrid Bosmans, directeur samenleving, Bert Cornillie, cultuurschepen en voorzitter, en Lore Boon, staf beleid en strategie de directie

Photo: Josefien Tondeleir pour M Leuven

Un peu de fatigue, mais surtout beaucoup de satisfaction. C’est ainsi qu’on peut résumer l’ambiance qui règne autour de la table où nous nous sommes donné rendez-vous pour discuter de la nouvelle orientation prise par M Leuven. Au cours des derniers mois, on a en effet travaillé d’arrache-pied en coulisses à peaufiner le nouvel accord de coopération et de gestion avec la ville de Louvain, qui entre en vigueur le jour même de notre rendez-vous. Cet accord aborde plus explicitement que jamais la manière dont M Leuven souhaite exercer un impact sur la ville et la société. Nous en avons discuté avec Peter Bary, directeur général du musée, Sigrid Bosmans, directrice du vivre-ensemble, Bert Cornillie, échevin de la Culture et président du Conseil d’administration de M Leuven, ainsi que Lore Boon qui, en tant que responsable de la politique et de la stratégie du musée, a soutenu la direction tout au long de ce processus intensif.

 

Quel est l’objectif central de ce nouveau projet ? Générer ensemble un changement sociétal en partenariat avec la ville, répond-on à l’unisson autour de la table. À cet égard, M Leuven souhaite à la fois pérenniser les projets existants au sein de son organisation et leur donner une meilleure visibilité, mais aussi tracer de nouvelles orientations, et ce, avec la participation de la société civile urbaine. « Un musée ne se limite pas à accueillir des visiteur·euses, il dispose d’un fonctionnement diversifié qui n’est pas toujours connu du grand public », entame Bert Cornillie. « Cet accord explicite la vision qui sous-tend cette démarche. Nous cherchions par ailleurs à mieux traduire les possibilités qu’offre un musée. Un exemple modeste : cet été, pendant la canicule, nous avons pu communiquer très rapidement que M Leuven ouvrait gracieusement ses portes au public pour se rafraîchir. »

Le nouvel accord est valable dès à présent et jusqu’en 2031. En quoi diffère-t-il du précédent ?

Peter Bary : « Depuis l’ouverture de M Leuven en 2009, il s’agit du quatrième accord de coopération et de gestion. Pour filer la métaphore : nous avons grandi et nous sommes désormais entrés dans l’adolescence. Le premier accord était placé sous le signe de la création, les suivants ont surtout porté sur la consolidation du musée. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un accord de coopération beaucoup plus étendu, qui s’articule autour d’un cadre de valeurs que nous partageons avec la politique générale de la ville. Et bien sûr, nous avons les yeux rivés sur 2030, l’année où Louvain sera la capitale européenne de la culture. Il va de soi que nous visons pour cet événement un programme d’expositions de qualité et d’envergure internationale, mais nous cherchons résolument une définition plus large de ce que peut en être l’impact. Le nombre de visiteurs est important, certes, mais il existe aussi d’autres critères pour déterminer si l’on est sur la bonne voie. »

Peter Bary, directeur algemeen beheer van M, Sigrid Bosmans, directeur samenleving, Bert Cornillie, cultuurschepen en voorzitter, en Lore Boon, staf beleid en strategie de directie

Photo : Josefie Tondeleir pour M Leuven

Pour aboutir à ce nouveau cadre, vous avez dialogué avec de nombreuses organisations et partenaires municipaux. Comment cela s’est-il déroulé ?

Lore Boon : « M Leuven est subventionné non seulement par la ville de Louvain, mais aussi par la Flandre en tant que musée de la Région flamande dédié au patrimoine et aux arts. Nous soutenons donc à la fois les artistes contemporains et la préservation du passé. Nous avons vu dans ce nouvel accord une occasion de rapprocher toutes ces fonctions. Concrètement, nous avons examiné avec nos différents partenaires et pour chaque thème d’impact, ce que nous pouvions signifier. Autour du thème de l’inclusion, par exemple, nous avons organisé une journée de réflexion, toujours avec divers partenaires – le service de la diversité de la ville, des associations de quartier, mais aussi des acteurs culturels, comme la bibliothèque ou le musée PARCUM, etc. Ensemble, nous avons défini les objectifs à formuler, réfléchi à comment mieux structurer les partenariats et examiné si nos actions étaient adéquates. »

 

Sigrid Bosmans : « Nous pouvons imaginer toutes sortes d’initiatives autour de ces thèmes, mais certains partenaires municipaux sont plus compétents que nous dans ce domaine. En conjuguant nos compétences et nos atouts avec ceux des organisations partenaires, nous avons affiné nos objectifs. Nous comptons en outre nous réunir régulièrement pour ajuster le tir là où cela se révélera nécessaire. Plutôt que de cocher des cases, nous voulons apprendre comment concrétiser les changements poursuivis. »

 

 

Avez-vous des exemples de projets qui génèrent ce type de changement ?

Peter Bary : « Je pense spontanément à notre projet avec l’école primaire Mater Dei à Louvain, dans le cadre duquel M Leuven a commencé à faire office d’environnement d’apprentissage supplémentaire. Les enfants issus de la communauté des nouveaux arrivants ont découvert des méthodes artistiques qui ne sont pas nécessairement axées sur la langue. Cela a un effet positif sur leur bien-être. Le nouvel accord de gestion et coopération vise à pérenniser de tels projets précieux et à permettre à d’autres organisations de développer des parcours similaires. »

 

Sigrid Bosmans : « Un autre exemple est celui de nos projets d’éducation artistique destinés aux familles dans le jardin de M Leuven, ou celui de savoir-faire en matière de collaboration avec des artistes que nous partagerons avec COBRA, la coopération intercommunale pour la culture dans le Brabant oriental. »

 

Le nouvel accord de gestion et coopération avec la ville mentionne explicitement un partenariat entre M Leuven et les pouvoirs publics. Reste-t-il encore suffisamment de marge pour l’autonomie ?

Sigrid Bosmans : « Nous opérons de toute évidence dans un certain champ de tensions : on ne veut pas être instrumentalisé. Mais nous avons collaboré sur la base d’une grande confiance réciproque. »

 

Bert Cornillie : « À Louvain, nous avons une forte culture de coopération et de concertation, et cela s’est une fois de plus confirmé. C’est beau de voir qu’une grande institution comme M Leuven souhaite jouer un rôle dans la ville. De notre côté, il nous semble logique que l’organisation le fasse à partir de son identité et de son unicité ; pour nous, en tant qu’administration municipale, l’autonomie artistique ne peut en aucun cas être remise en question. »