Et si l’inconnu n’était pas une limite, mais un point de départ ? Dans sa première exposition individuelle en Belgique, Alicja Kwade nous invite à porter un regard différent sur le monde et sur la manière dont nous tentons de le comprendre.
Alicja Kwade est une artiste reconnue au niveau international pour ses sculptures et ses installations qui interrogent des concepts scientifiques et philosophiques. Elle transpose des idées sur le temps, le hasard et la gravité en œuvres qui ébranlent ces systèmes. Kwade met notre perception à l’épreuve par le démantèlement des limites de nos impressions sensorielles. Elle y parvient, entre autres, par l’utilisation du reflet, de la récurrence et de la déconstruction d’objets utilitaires et de matériaux naturels. Elle fait ainsi apparaître la fracture entre ce que nous pensons savoir et ce qui échappe à notre compréhension.
Alicja Kwade
Foto: Alicja Kwade door Doro Zinn
Alicja Kwade
Alicja Kwade (°1979, Katowice, Pologne) vit et travaille à Berlin. Elle a exposé, entre autres, au Louisiana Museum of Modern Art (Humlebæk, Danemark), à la Whitechapel Gallery (Londres, Royaume-Uni), au MIT List Visual Arts Center (Cambridge, États-Unis), au Hamburger Bahnhof – Nationalgalerie der Gegenwart (Berlin, Allemagne), à l’Espoo Museum of Modern Art (Espoo, Finlande) et à la Haus Konstruktiv (Zurich, Suisse).
La renommée internationale s’est affirmée en 2017, lors de sa participation à la 57e Biennale de Venise. Deux ans plus tard, l’installation temporaire ParaPivot sur le toit-terrasse du Metropolitan Museum of Art de New York a fait l’objet de beaucoup d’attention.
Des œuvres de Kwade ont intégré de nombreuses collections publiques, telles que celles du Centre Pompidou à Paris, le Hirshhorn Museum à Washington, le LACMA – Los Angeles County Museum of Art, le Mudam – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean à Luxembourg et le mumok – Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig à Vienne.
L’œuvre de Kwade fait basculer la réalité : des pierres massives semblent légères, des miroirs donnent à voir une réalité parallèle, le temps perd son sens. À la faveur de matériaux tels que le métal, le verre, des roches séculaires et du bois fossilisé, elle construit des environnements qui paraissent à la fois familiers et étranges. Des espaces où disparaissent les significations fixes et où la perception elle-même semble décalée.
Kwade ne conçoit pas la science comme un système cohérent, mais comme une construction subjective, comme une tentative temporaire d’ordonner quelque chose qui reste finalement hors du domaine du connaissable. Son œuvre tente de démontrer que c’est précisément dans le non-savoir que germe l’imagination.
À M Leuven, l’artiste présente une sélection d’œuvres maîtresses de sa pratique récente, qu’elle complète par de nouvelles installations réalisées spécialement pour le musée.
L’exposition d’Alicja Kwade s’inscrit dans le cadre des célébrations des 600 ans de l’Université de Louvain, aujourd’hui KU Leuven. Outre l’œuvre d’Alicja Kwade, M Leuven présente également l’exposition «À la poursuite de la connaissance», consacrée aux collections d’étude de l’université.
Dans l’espace public de la ville, plus spécifiquement au parc Sint-Donatus, on peut découvrir une autre œuvre de Kwade : à l’invitation de la KU Leuven, l’artiste a réalisé Carriers, une installation permanente. En partant du thème des célébrations, à savoir « The Poetics of Not Knowing » [La poétique du non-savoir] ou l’idée que la science ne repose pas uniquement sur le savoir, mais aussi sur le doute, l’imagination et l’inconnu, Kwade a posé un roc massif sur un cercle de chaises. Les chaises en question sont des répliques de sièges provenant de différents bâtiments et facultés de l’université. L’œuvre tend à illustrer le fait que la connaissance n’est pas un ensemble autonome ou dissocié, mais que le savoir est porté par une communauté universitaire diverse, composée d’étudiants, de chercheurs, de professeurs et de personnel d’encadrement.
Carriers fait partie du parcours artistique et scientifique inauguré le 16 mai dernier, « And So, Change Comes in Waves », qui présente seize nouvelles pièces – œuvres plastiques et poésies – dans l’espace public.
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