La M-résidence: Angyvir Padilla a été l'invitée de M pendant cinq mois

© Sylvia Cappellari voor M Leuven
La M-résidence
Angyvir Padilla a été l'invitée de M pendant cinq mois
En mars de cette année, une nouvelle artiste a pris ses quartiers à l'Atelier de M. Pendant cinq mois, Angyvir Padilla s'est consacrée en toute sérénité à ses recherches et à la création de nouvelles œuvres. Le résultat de ses travaux est présenté à M cet automne.

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Je sais ce que c'est d'avoir deux endroits en tête en même temps
Angyvir Padilla : « J'ai quitté le Venezuela pour la Belgique il y a treize ans, pour venir étudier à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Par la suite j'ai obtenu un master de sculpture à La Cambre et un master d'arts plastiques à la Luca School of Arts. »
« Ma pratique est multidisciplinaire et je me sers de préférence de matières qui témoignent du passage du temps : la cire, l'argile, le plâtre… Par exemple, l'une de mes installations se composait d'un sol transparent en dalles de cire posées sur une couche de sable. Avant l'ouverture de l'expo, le sol était vierge et intact, mais dès que les spectateurs sont entrés ils ont été obligés de marcher dessus. C'était le seul moyen de voir la vidéo qui faisait partie de l'installation et ils devenaient ainsi eux-mêmes un élément de l'œuvre. De plus, sous l'effet de leurs mouvements, le sol se brisait progressivement. Ça me fascinait. Je travaille souvent avec la vidéo et le son, et ces dernières années je multiplie les performances ; elles sont toujours en rapport avec le sujet de mes installations. »
Une thématique importante dans votre travail est la recherche d'un foyer, d'un lieu que vous définissez comme familier et insaisissable à la fois.
« Voilà déjà treize ans que je vis en Belgique. Je n'avais pas l'intention de rester aussi longtemps, mais la situation au Venezuela se compliquait toujours plus. Si la Belgique est devenue un second foyer, j'ai effectivement dû quitter mes amis et ma famille restés dans mon pays. Je sais donc ce que c'est d'avoir deux endroits en tête en même temps – et de ressentir les émotions liées au statut de migrant. Dans mon travail je veux exprimer cette expérience personnelle d'une manière universelle. »
« J'aime faire appel à des métaphores pour transmettre ces idées. Pour certaines de mes sculptures, par exemple, je me suis inspirée de la pesanteur en tant que métaphore du sentiment de ne pas être à sa place, d'avoir peur de tomber. »

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Les fleurs de la grand-mère
Vous dites que ces dernières années vous créez plus de performances. Pour quelle raison ?
« Les performances sont progressivement devenues une facette importante de mon travail. J'ai l'impression qu'avec elles j'ajoute un niveau supplémentaire à mes installations, un élément dynamique et éphémère que les gens peuvent emporter avec eux. Elles m'aident aussi à forger un rapport émotionnel avec le public. C'est très important pour moi, en raison de la dimension personnelle de mon travail. Et j'ai remarqué que ça peut servir à surmonter les barrières linguistiques et culturelles – c'est utile dans un pays plurilingue comme la Belgique (rires). »
Au moment de cette conversation, votre résidence à M est toujours en cours. Que signifie-t-elle pour vous ?
« C'est une très belle chance qui m'est donnée. Tout au long de ces cinq mois je peux me concentrer sur ce que je veux, sans obligation de production. C'est important pour moi, car une longue période de réflexion et de recherches précède toujours le travail de création proprement dit. Expliquer le processus de réalisation n'est pas facile ; mon travail a un côté très conceptuel, tout en étant farci d'émotions. M m'offre à présent le temps et l'espace nécessaires pour reculer d'un pas et me focaliser sur cet aspect du processus créatif. »

© Sylvia Cappellari voor M Leuven

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Silvia Cappellari pour M Leuven

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Silvia Cappellari pour M Leuven

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Pouvez-vous dire quelques mots sur l'orientation de vos réflexions ?
« Oui, je voudrais réaliser des œuvres sculpturales à l'intérieur d'une installation, à partir de mes archives personnelles de photos et vidéos de mon pays. Transformer une matière qui est en fait éminemment personnelle en une œuvre d'art invitant les spectateurs à emprunter différentes voies dans leurs pensées. »
« L'année dernière j'ai créé quelques œuvres qui étaient liées à ma mère ; cette fois-ci j'envisage de prendre ma grand-mère comme point focal. Sa maison a toujours été mon second foyer. Elle avait énormément de plantes – j'y perçois aussi une métaphore : une fleur reste épanouie tant qu'elle est enracinée, mais quand on la cueille, on l'arrache à sa place et elle se fane au bout de quelques jours. Voilà les concepts auxquels je réfléchis en ce moment. »
« Cette résidence à M m'offre l'espace de mener une réflexion, mais elle m'offre aussi beaucoup d'espace au sens propre, car l'atelier est immense. J'ai ainsi l'occasion d'exposer des œuvres et d'inviter les gens à venir les voir. C'est assez exceptionnel – quand on crée des installations, il n'est pas simple de les montrer aussi en dehors d'un espace d'exposition. »
« Et puis il y a la possibilité de convertir toutes ces réflexions en une présentation de fin de résidence. Jusqu'à présent, tout s'est passé au mieux – M me soutient de toutes les manières possibles. Cette résidence est une étape importante dans ma pratique. »